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Sarah Delmas de FOLIVARI & Thibaut Ruby de FOST 

Sabry

Pour ce nouvel épisode, j'ai le plaisir de recevoir Sarah Delmas et Thibaut Ruby, respectivement directrice du développement et producteur exécutif et associé chez Folivari. Petite question pour vous deux : est-ce que Folivari sont les garants de la production d'animation 2D traditionnelle ?


Thibaut

Les garants non, puisqu'on n'est pas les seuls et qu'on ne fait pas que ça. C'est vrai que ça peut être une image qu'on a parce que nous on est ravis effectivement d'être sur des productions comme là en ce moment Le Sommet des Dieux, qui est vraiment un long métrage purement 2D comme on les aime. Et à côté de ça, notre dernier film qui est sorti en salle, c'était Sam Sam, qui est vraiment un film en full 3D, donc là-dessus, oui, nous on a envie de continuer à faire ça, donc on peut faire partie des garants avec d'autres. Mais surtout, on ne veut pas non plus s'interdire de faire quoi que ce soit d'autre.


Sarah

Oui et puis à chaque récit correspond aussi sa technique, donc on choisit également la technique et la direction artistique en fonction du récit qu'on a en face de nous.



Sabry

Ou de l'adaptation.


Sarah

Pour Sam Sam, ça faisait plus sens de le faire en 3D. On avait fait le choix de le faire en 3D, mais chaque film, chaque série, ça va dépendre.


Sabry

Non mais je posais cette petite question parce que, en référence au track record qui est propre à Folivari ; par exemple là sur l'image que j'ai amenée, les deux fondateurs qui sont père et fils ; puisque l'aventure a démarré en 2014. C'est Didier Brunner qui quitte Les Armateurs, qui est une société de production qui est renommée puisqu'elle a fait Les triplettes de Belleville ou Kirikou. Et il s’embarque dans cette histoire avec son fils, qui lui est architecte de formation. Et puis derrière, il y a eu quelques productions qu'on va voir aussi là, dans lesquelles Thibault ; et puis tu me diras Sarah si tu étais impliquée également. Tu as participé - On a Le Chant de la mer, on a Ernest & Célestine La Collection et puis Le Grand Méchant Renard et autres contes... C'est pour ça que je parle de ça, c'est que franchement, vous avez fait des longs métrages qui en jettent parce qu'ils ont tous ce style 2D, retour aux basiques, et avec un trait qui est un peu plus léger, mais les histoires sont superbes quoi. Qu'est-ce que t'en penses toi ?


Thibaut

Merci déjà, c'est sympa comme introduction. C'est sûr qu'il y a des chances qu'on soit encore plus reconnus, ou en tout cas que ce soit ce qui ressorte dans ce qu'on fait. Mais vraiment, comme le disait Sarah et c'est le terme qu'utilise souvent en ce moment Didier ; c'est effectivement la notion de prototype dans ce qu'on fait, que ce soit en film ou même en série. Et du coup, de vraiment réussir à s'adapter à chaque fois. Et après, peut-être que ce qui ressort encore et peut-être même que ce sera toujours le cas, ça reste effectivement ces œuvres-là, en 2D. Alors après, pour être précis, "Le Chant de la mer", c'est moi qui ai travaillé dessus, avant justement la création de Folivari. Didier, lui, avait coproduit avec Les Armateurs "Brendan et le Secret de Kells", qui était le film précédent de Michael Moore. Et là justement, on s'est retrouvés tous ensemble sur le nouveau film de Tom en production exécutive, Wolfwalkers, Le Peuple Loup, qu'il a distribué par Haut et Court. Et effectivement, Le Grand Méchant Renard, ce qui est bien, c'est que c'était notre deuxième film avec Benjamin Reinert, qui a été co-réalisé par Patrick Imbert, après qu'avec Didier on se soit rencontrés sur le film Ernest & Célestine.

Et donc derrière, on a retrouvé Benjamin et Patrick sur Le Grand Méchant Renard. Patrick, aujourd'hui, réalise Le Sommet des dieux. Et plus que la 2D, c'est cette notion un peu de famille, de gens qu'on retrouve de production en production, avec qui on a le plaisir de faire des films.


Sabry

On va regarder un petit trailer de Le Grand Méchant Renard, que je trouve assez intéressant. Et d'ailleurs, pour les auditeurs, vous allez peut-être penser que c'est une fiction tellement que c'est drôle en termes de comédie. Eh bien non, c'est de l'animation.


Extrait Le Grand Méchant Renard

[...]


Sabry

Ça a quand même reçu un César. César des films d'animation 2018.


Thibaut

Oui on est très fiers, on a commencé fort.


Sarah

Oui. C'est vrai que c'était assez presque inattendu, parce que ce film a une histoire très particulière. À la base c'était un spécial TV. C'était juste "Le Grand Méchant Renard" et de fil en aiguille, on nous a dit "mais c'est absolument génial cet animatique, il n'y a pas d'autre chose ?" Alors Benjamin avait déjà d'autres histoires, ce qui a donné envie à Canal+ de partir sur les deux autres histoires. Et puis Studiocanal aussi en voyant ça a dit "On adore, on va le sortir au cinéma".


Sabry

OK.


Sarah

Et en fait on a fait plus de 700.000 entrées en France, mais presque sur un malentendu, enfin dont on est absolument ravis.

Tous les mois on avait une nouvelle géniale, ça n'a fait que grossir et grossir, mais c'est le talent de Benjamin, de Patrick, de gens qui sont vraiment à l'origine de ce projet qui a donné ça.


Sabry

Et pas que, il y a aussi des gens comme vous.


Sarah

C'était un bonheur de travailler là-dessus. Moi c'était ma première production avec Ernest & Célestine La Collection, la première fois que je travaillais sur une production et c'était absolument génial. Mais on le sentait. Enfin moi je sais que même la quinzième fois où je regardais et où je relisais le script, je continuais à rire, alors que je l'avais déjà lu quinze fois avant. Et là, ce n’est quand même pas souvent.


Sabry

Donc explique aux auditrices et auditeurs ton rôle exactement. Tu es chargée du développement. Et c'est effectivement en amont là, quand on est déjà dans les scripts et l'écriture et que tu rassembles une équipe. Parlons de ça.


Sarah

Alors il faut savoir que selon les sociétés de production, on peut avoir des types de postes qui ne recouvrent pas exactement les mêmes choses. Moi à Folivari je vais être beaucoup au développement avec Didier, Damiens, Thibault. On va sélectionner les projets ensemble avec le reste de l'équipe ; on écoute toujours beaucoup l'équipe de production qui est avec nous ; on va faire les retours au scénariste. Donc moi mon travail ça va être de regrouper les retours de chacun, aussi parfois de nos partenaires parce que souvent, on n'est pas seuls. On est souvent en coproduction déléguée. - D'avancer sur l'écriture, que ça soit sur un long métrage et sur un scénario ou sur une bible, et les premiers scripts d'une série. Et après moi je suis aussi beaucoup sur le montage ; mais c'est peut-être un peu particulier à Folivari ; la structuration financière des projets. Donc après ça dépend, il y a des sociétés où les personnes sont vraiment sur l'écriture. Moi c’est la mise en place du développement. Et puis avec Thibault, beaucoup...




Sabry

Merci d'avoir expliqué. Et donc toi, Thibault, de ton côté, tu es producteur exécutif. Donc ça consiste en quoi ton rôle ?


Thibaut

Déjà, comme l'a dit Sarah, c'est vrai que c'est bien de rappeler que vraiment les sociétés d'animation ce n’est souvent pas des très grandes entreprises. Et du coup les postes ne recouvrent pas forcément la même chose d'une société à l'autre.


Sabry

Un peu couteau suisse quoi.


Thibaut

Voilà. Et donc nous chez Folivari on est six ou sept...


Sarah

Ça dépend de ce que tu prends... Mais avec le studio on est une bonne dizaine maintenant.


Thibaut

Avec le studio, voilà. Et donc du coup ça reste pas beaucoup de monde au final sur la partie entreprise vraiment. Et donc moi, c'est vrai que je suis impliqué dès le développement, ce qui n'est pas forcément toujours le cas. Ça c'est le côté associé de la structure, et puis le côté aux situations, comme disait Sarah, où on a tendance à beaucoup collaborer, échanger les uns avec les autres pour le développement des projets.

Sabry

Oui.


Thibaut

Et en gros, après mon travail côté production exécutive, c'est vraiment de faire en sorte que la vision du réalisateur rejoigne celle des producteurs, en mettant en place tout ce qui va permettre de fabriquer le film.

Sabry

D'accord.


Thibaut

Donc depuis... Justement de décider pour le mélange artistique, technique, financier, quelle technique on va employer.


Sabry

OK. Ça ça te revient au final cut quasiment, de dire on fait le choix de prendre cette technique-là.


Thibaut

Chez nous c'est assez difficile de savoir qui a le final cut parfois. (Rires)


Sabry

En tout cas c'est une décision collective.


Sarah

Oui on a un fonctionnement très organique.


Thibaut

C'est plutôt une forme de consensus qui prévaut, mais justement sur croiser les différents critères, pour savoir comment fabriquer, est-ce qu'on le fait chez nous, est-ce qu'on sous traite, quel type de budget il va falloir mettre en place.


Sabry

OK.


Thibaut

De surveiller après tout ça, avec l'aide heureusement d'équipes de production.


Sabry

Super. Et sur Le Grand Méchant Renard, ce n’est pas votre premier coup d'éclat, puisqu'en fait il y a eu Ernest & Célestine, qui a reçu un César du meilleur film d'animation en 2013 et a été nominé aux Oscars quand même, donc ce n'est pas rien du tout.


Thibaut

Alors ça c'était l'ancienne vie de Didier, même si j'ai partagé ce moment-là avec lui.


Sabry

Ah d'accord.


Sarah

Moi je n'étais pas là, c'était sur Les Armateurs ça.


Sabry

Ah oui d'accord, OK.


Thibaut

Sarah était encore très tôt dans les études.


Sarah

Voilà.


Sabry

Alors mais qu'est-ce qui fait qu'il y a des films comme ça qui, tout de suite, trouvent un public ? La critique est dithyrambique et puis gagne des prix quoi. Qu'est-ce qu'il y a derrière ? Il y a un travail acharné, il y a... ?


Thibaut

Déjà si quelqu'un a la recette, moi je veux bien, parce qu'on en a fait quelques fois, mais c'est vrai que si on avait la recette infaillible, on la prendrait volontiers.

Et puis oui, je pense que c'est ça. Il y a effectivement une manière déjà d'écoute. C'est vrai que c'est vraiment quelque chose qui est important, je pense, d'aussi d'avoir une vision partagée.


Sarah

Une relation avec les auteurs. Et puis là aussi ; bon Benjamin c'était son premier film. Moi je ne saurais pas dire, je n'étais pas dessus. Mais oui, il y a aussi beaucoup de travail. Pour le coup, Benjamin, pour l'avoir vu sur Le Grand Méchant Renard, c'est un bourreau de travail. Donc ça ne sort pas de nulle part. Et après, il y a une rencontre avec Didier ; et après sur Le Grand Méchant Renard avec l'équipe de Folivari. Donc c'est vrai que nous, il y a une approche très respectueuse du travail de l'auteur. On ne cherche pas à couper les ailes à la créativité. Et Benjamin était très libre sur l'écriture.


Sabry

Vous avez plus tendance à vous donner les pouvoirs.


Thibaut

Voilà, on essaye vraiment. Dans le cadre d'Ernest & Célestine ; donc qui est une adaptation ; on va essayer d'en faire une bonne adaptation, mais avant tout un bon film. Et pour ça, on va essayer de réunir - et c'est là où vraiment, c'est ce qui a fait la force de Didier, et qui j'espère aujourd'hui fait la force de Folivari en tant qu'équipe ; c'est de réussir justement à aller trouver une alchimie entre des personnes qui sont très différentes. Si on prend le cas du premier Ernest & Célestine, c'est aller effectivement chercher ces livres qui n'ont pas vraiment d'histoire, qui ont des histoires très très limitées et qui sont beaucoup des évocations de moments avec un graphisme très fort. D'aller faire écrire un scénario par Daniel Pennac et d'aller faire co-réaliser le film par, d'un côté, un réalisateur qui sort de l'école et qui a juste réalisé son court-métrage d'école, et Vincent Patar et Stéphane Aubier, qui ont fait Panique au village, en stop motion, et pas spécialement pour les petits. Et de réussir justement sur cette somme de talents, de gens intéressants, à se dire que ça va prendre peut-être un petit peu plus de temps, mais qu'on va réussir à avoir une alchimie qui va vraiment prendre et pour ça, voilà, c'est un mélange de confiance et de proximité aussi.


Sabry

C'est combien d'auteurs sur des longs métrages comme ça en règle générale ?


Sarah

C'est très variable. Sur un long métrage ?


Sabry

Oui.


Sarah

C'est très variable, parce que quand on parle d'auteur on parle aussi d'auteur-réalisateur là.


Sabry

D'accord.


Sarah

Mais on a rarement en-dessous de deux scénaristes, un réalisateur. Après il y a aussi l'auteur de l'œuvre originale aussi, souvent. Mais c'est donc rarement en- dessous de quatre personnes. Après ça peut arriver que ce soit quasiment que la même personne, mais c'est quand même moins fréquent qu'en fiction, où on a quelqu'un qui est à la fois scénariste, réalisateur, etc. C'est un peu moins courant je pense en animation qu'en fiction.


Sabry

Et côté format séries ?


Sarah

Houlà, format série il y a beaucoup de monde.


Sabry

Et c'est structuré en mode writing room, enfin chambre d'écriture, direction d'écriture... ?


Sarah

Alors il n'y a pas encore vraiment de writing room. Enfin si, il y a certaines sociétés qui le font, ça commence à se répandre.

Nous sur Chien Pourri, ils se retrouvaient quand même avec Jean-Louis Momus, le directeur d'écriture, Patar et Aubier, et avec Davy Durand, et Jean aussi, qui avait écrit la bible. Et donc oui, eux je sais qu'ils faisaient des réunions en mode writing room, justement. Mais ce n'est pas encore généralisé je pense en France en série. Mais souvent, c'est des directeurs ou directrices d'écriture qui ont un pool d'auteurs qu'ils connaissent bien. Souvent aussi en fonction du type de séries, qu'ils vont aller chercher les scénaristes en qui ils ont confiance. Et puis nous aussi, on va aller chercher les scénaristes adaptés à chaque série.


Sabry

Donc sur la partie écriture. Et après, il y a aussi la partie fabrication de l'animation. Ça c'est plutôt ton giron où tu vas construire une équipe, recruter, manager en fait pendant le temps du projet. Comment tu constitues cette équipe, une fois que le budget est débloqué et que tu sais que tu peux la financer ? Est-ce que tu as un pool d'artistes animateurs que tu connais, que tu fais travailler souvent ? Ou est-ce que c'est à chaque fois un renouveau d'équipe ?


Thibaut

Oui, alors déjà c'est vrai que maintenant plus ça va, plus on essaie de s'assurer d'avoir les équipes qu'il faut avant même parfois que tout soit complètement green lighté, parce que c'est vrai qu'il y a beaucoup de pression sur le recrutement en ce moment. Et puis après, effectivement, on essaye de mélanger. À la fois nous notre manière de faire, c'est qu'on est quand même sur des projets, même en séries, qu'on va définir comme d'auteurs. Ou en tout cas, on donne aux réalisateurs une place vraiment centrale. Donc on va vraiment aller chercher des gens ensemble. Et du coup, on va mélanger effectivement les gens avec qui nous on veut retravailler, en qui on a confiance, qui sont vraiment solides, avec parfois aussi le réalisateur qui va amener des personnes qu'on ne connaît pas.


Sabry

Ah OK.


Thibaut

Et on va essayer justement de trouver la meilleure équipe possible, donc il n'y a pas vraiment de règles. Il y a des productions comme Le grand méchant renard, qui était une production vraiment maison, où quasiment tout le monde était les anciens, enfin les gens qu'on connaît vraiment. Et puis inversement, c'est vrai que sur Chien Pourri, par exemple, alors que le réalisateur fait partie vraiment de la bande, on va dire ; c'est vrai qu'on est allé chercher beaucoup de nouveaux.

Parce que c'est une série qu'on faisait à Paris et qu'on avait besoin de beaucoup de monde, tout simplement. Et on est allé chercher pas mal de nouveaux et on a fait des superbes rencontres. Et donc on essaye de trouver en fonction du projet et de la volonté du réalisateur, des différentes exigences, de faire un panachage. Mais c'est sûr qu'on a quand même vraiment une grande équipe très large, depuis le storyboard jusqu'au compositing, de gens avec qui on retravaille très régulièrement.


Sabry

On va essayer d'avoir les images de Chien Pourri. Mais il y a un point intéressant dont tu viens de parler, c'est la pression sur les talents, et j'aimerais bien qu'on en discute après.


Thibaut

Oui.


Sabry

Pourquoi est-ce que c'est si compliqué aujourd’hui ?


Extrait Chien Pourri

[...]


Sabry

Voilà, c'est quelques images de Chien Pourri. Donc ça, c'est une adaptation d'une œuvre de Marc Boutavant et Colas Gutman, c'est ça ? Et c'était un bestseller en fait, 500.000 exemplaires vendus. Et donc la série est réalisée par Davy Durand et Stéphane Aubier, c'est ça ?


Thibaut

Vincent Patar et Stéphane Aubier.


Sabry

Ah pardon, alors je me suis mal renseigné. Mais du coup, ce qui est intéressant dans cette œuvre, c'est que ça traite un peu du problème finalement des sans- abri, à travers le prisme de ce petit chien pourri. En plus, c'est quand même assez évocateur, dans le titre, etc. C'est une volonté de votre part d'aller dans des projets qui, comme ça, viennent pointer du doigt un sujet de société ?

Sarah

Je pense qu'il y a quand même une affection à Folivari pour les marginaux.


Sabry

Clairement, oui.


Sarah

Ernest & Célestine c'est aussi des marginaux, donc c'est vrai qu'on a un tropisme un peu comme ça. Je pense qu'on a beaucoup de tendresse pour ce type de personnages. Et aussi pour rire ; même dans une poubelle, chien pourri il est assez heureux. Mais oui, je pense que c'est quelque chose... Après on ne fait pas que ça.


Sabry

Et justement, donc pour créer une série comme ça, c'est énormément de personnes qui sont au travail. Et tu mentionnais la difficulté de trouver des talents ou en tout cas d'être sous cette pression de recruter vite pour le projet. Qu'est-ce qui se passe en ce moment sur l'industrie ? Il y a un appel d'air ou... ?


Thibaut

Oui, en fait on a la chance en France d'avoir vraiment tout un écosystème, des des auteurs, mais aussi des techniciens très qualifiés, qui vraiment travaillent très bien. Et bon c'est vrai qu'en ce moment, on a la chance qu'il y a beaucoup de choses qui se font en animation, ça c'est très bien. On a la chance d'avoir des soutiens, des incitations fiscales à venir travailler en France pour les étrangers, et à rester travailler en France pour les Français. Et du coup, il y a beaucoup de choses qui se fabriquent, en particulier en France. Et de fait, c'est assez récent. Et du coup, il y a aussi pas mal de concurrence pour avoir justement les meilleurs techniciens. Alors ça reste adapté à chaque production, mais c'est vrai qu'il y a beaucoup de concurrence.


Sabry

Et donc c'est soit des techniciens connus parce qu'ils ont une certaine expérience, on sait qu'ils vont pouvoir fit avec le projet. Mais il y a aussi la partie jeune, donc des jeunes diplômés qui sortent des grandes écoles d'animation françaises. Est-ce que vous allez vers ces écoles pour essayer de recruter des talents généralement, ou ce n'est pas forcément le premier réflexe ?

Sarah

Oui, si, clairement. Par exemple nous chaque année, on est présents au jury de fin d'année de La Poudrière, pour repérer les réalisateurs et les réalisatrices qui vont en sortir. Mais aussi de manière plus générale ; enfin après, ça c'est plutôt toi Thibaut, et les directeurs/directrices de production font souvent des sessions pour rencontrer justement les personnes sortant d'école lors des forums, etc. Donc oui, on est obligés de le faire, de toute façon on doit aller à la rencontre de ces personnes-là. On a besoin d'eux, de leurs talents. Et puis c'est super agréable d'avoir des petits jeunes qui commencent avec nous.


Sabry

Ben oui c'est vrai, parce qu'il faut les faire grandir, et puis c'est toujours de l'énergie qui vient dans le studio.


Sarah

Sur Chien Pourri c'était génial, on avait une équipe super dynamique.


Sabry

Combien de personnes travaillaient sur Chien Pourri ?


Thibaut

En même temps ou au total ?


Sabry

Disons au total, pour voir.


Thibaut

Sur les équipes d'animation et le posing, comme ça je dirais ; il y avait une équipe en Espagne, nos coproducteurs. Et nous, on devait être au total ; parce qu'il y a toujours un petit peu de turnover quand même ; pas loin d'une cinquantaine je pense.




Sabry

Ah oui, quand même. Qu'est-ce que tu entends par posing exactement ? C'est quoi le posing, c'est le fait d'aller... ?


Thibaut

C'est à partir du moment, une fois qu'on a fini le storyboard, avant d'attaquer l'animation, c'est-à-dire les images qui bougent ; on va faire un ensemble de poses clés pour le personnage, ce qui va permettre de définir précisément le modèle, les proportions, l'acting précis. Sur le storyboard on laisse quand même un peu de marge à l'interprétation. Et au fur et à mesure, on va définir de plus en plus... Aller affiner l'image finale. Et donc le posing c'est ça, on reste sur du fixe, mais il y a déjà des intentions de timing, qu'il n'y a pas vraiment dans le storyboard.


Sabry

OK. Et cette phase-là est importante en termes de temps ? Ça prend du temps le posing ?


Thibaut

Oui, ça prend du temps. Souvent ça prend plus de temps que prévu d'ailleurs même, en l'occurrence. Et puis aussi, c'est vrai que c'est quelque chose qui est vraiment le moment où on va finir de sortir le gros des intentions de la tête du réalisateur, et donc c'est aussi quelque chose. Il faut vraiment une proximité. Il faut déjà des très bons dessinateurs, puisque c'est ce qui va déterminer comment le plan va être animé derrière. Et puis il faut vraiment être très proche du réalisateur, en termes d'intention. Et donc géographiquement d'être proches, souvent c'est bien aussi.


Sabry

Et donc c'est le rôle du producteur exécutif de faire ce lien entre réalisation et équipe qui fabrique ?


Thibaut

Mon rôle ça va être plutôt d'essayer de faire en sorte qu'ils soient proches. C'est-à- dire que dans notre découpage de coproduction, qu'on va travailler avec Sarah, Didier, Damien au début du film ou de la série ; on va se dire que bien entendu, on va avoir besoin, comme souvent, d'aller chercher des coproducteurs en Europe pour boucler le financement.


Sabry

Oui.


Thibaut

On va essayer de réfléchir dans notre découpage des différentes tâches, à utiliser au mieux les compétences du producteur avec qui on va travailler et sans hypothéquer un minimum de fluidité, d'informations et d'échanges artistiques dans le film.


Sabry

D'accord.


Thibaut

Donc en l'occurrence cette étape-là, nous c'est l'étape qu'on garde toujours chez nous.


Sabry

OK. Donc le réalisateur est quasiment chez vous quand ça se passe.


Thibaut

Voilà, ça c'est vraiment quelque chose où ils sont ensemble.


Sabry

Sarah, il y a un autre point dans l'industrie qui vraiment m'a interpellé, et j'en ai parlé dans un autre podcast, d'ailleurs. Tu es membre d'une association qui s'appelle Les Femmes s'Animent.


Sarah

Oui.


Sabry

On voit une photo là où tu intervenais en tant que...


Sarah

J'animais une table ronde.


Sabry

Est-ce que tu peux nous en dire deux mots de cette association, quelle est sa vocation ?


Sarah

C'est une association qui a été créée il y a quelques années. Alors moi je n'étais pas là à la création, je les ai rejointes un peu plus tard. Et donc qui a pour but de promouvoir la place des femmes dans le milieu, déjà, parce que c'est un milieu où aujourd'hui on est à un tiers/deux tiers. Mais ça évolue quand même assez vite. Et aussi de réfléchir au contenu également, dans les séries, dans les films, comment on représente...


Sabry

Les histoires qui sont racontées en fait.


Sarah

Oui voilà, les personnages, quelles histoires on raconte, etc. Donc c'est à la fois réfléchir sur l'industrie et la place des femmes qui travaillent très concrètement au quotidien à faire ces séries et ces films, qu'elles puissent avoir une place, accéder aussi aux postes artistiques. Parce que c'est vrai que maintenant, il y a de plus en plus de femmes, mais elles sont parfois cantonnées à des postes on va dire plus subalternes. Et donc nous voilà, c'est l'idée...


Sabry

Faire progresser tout ça.


Sarah

C'est de faire progresser ça. Mais bon, comme beaucoup d'autres secteurs.


Sabry

Bien sûr.

Sarah

C'est quelque chose de transversal à toute la société.


Sabry

Donc vous organisez des événements annuels, ou plusieurs fois par an ?


Sarah

Oui. On a eu des événements à Annecy. Bon cette année, ça n'a pas pu se faire, on a fait une visioconférence. Mais sinon, on a fait des tables rondes aussi à Paris, régulièrement dans les locaux de la SACD. On a fait des afterworks.


Sabry

OK. Il y avait une session de mentoring aussi je crois, c'est ça ?


Sarah

Oui, également chaque année, on a une session de mentoring qui est lancée. Et donc il y a pas mal d'actions.


Sabry

Super.


Sarah

On a eu également des documents, des supports qu'on transmet.


Sabry

Non mais je pense que c'est bien d'en parler. Justement on en parlait dans un podcast précédent et je me suis dit que comme tu étais de l'association, ce serait bien de passer un mot là-dessus.


Sarah

Oui.


Sabry

Bon c'est cool, merci. Il y a une autre production chez vous, qui est quand même assez importante, c'est Sam Sam. Alors racontez-nous un peu. C'est quoi l'histoire de Sam Sam, et quand est-ce que vous avez décidé de passer en long métrage sur cette œuvre-là ?


Thibaut

Sam Sam c'est une histoire un peu particulière, puisque donc nous n'étions pas producteurs des deux premières saisons. Pour cause parce que nous n'existions pas. C'est Tanguy de Kermel, le réalisateur des saisons une et deux, qui avait vraiment cette envie de long métrage pour Sam Sam. Et qui, pour faire la version courte on va dire, est venu nous voir en disant "Vous ne voulez pas faire un film ? Moi j'ai envie de faire un film de Sam Sam. Bon, on s'est renseigné, on a parlé avec Bayard, on a parlé avec un peu tout le monde. Puisque forcément, Sam Sam c'est un héros qu'on aime bien, ça nous a tout de suite donné envie de faire ce film. Et du coup, on a réussi ; D'ailleurs, par rapport à la question que tu posais tout à l'heure, c'est vrai qu'on a réussi à en faire un héros Folivarien, puisqu'on lui a enlevé ses pouvoirs pour le film.


Sabry

Oui c'est ça. On va regarder la bande annonce qui va nous en dire un peu plus sur Sam Sam dans son long métrage.


Bande annonce Sam Sam

[...]


Sabry

Donc là vous êtes impliqués aussi dans la saison 3 de la série, c'est ça ?


Thibaut

Voilà, je vais en profiter pour remercier Mac Guff Ligne au passage, qui est justement le studio qui s'est occupé de la 3D du film et du teaser pour la série, et qui a vraiment fait un super boulot. Et là effectivement, le film est sorti, ça y est, c'est une histoire qui est derrière nous maintenant. Et par contre, on est en pleine écriture de la saison 3 de 52 nouveaux épisodes de Sam Sam.


Sabry

OK.


Thibaut

Et avec la pré-production qui démarre en septembre, au retour des vacances.


Sabry

Qu'est-ce qui se passe dans la phase de pré production spécifiquement ?


Sarah

Alors souvent on est sur les séries, on finit l'écriture, déjà.


Sabry

Donc là en fait tu es en plein dans les relectures des épisodes, du travail avec le scénariste.


Sarah

Il y en a quand même 52 à écrire, donc là on en a écrit quasiment une moitié, mais il faut finir d'écrire ces 52 épisodes. Puis la phase de pré production, c'est là qu'on pose les designs, les modèles, les décors, etc. Parce qu'on a fait du développement, enfin évidemment. Mais après, on ne peut pas sortir tous les personnages, tous les décors lors de la phase de développement. Et donc souvent, on a une grosse phase de pré production avant de commencer la production qui commence à l'animation, théoriquement.


Sabry

D'accord. Et donc il y a un nombre limité de lieux, de personnages, de probs, etc. Et ça, ça se décide finalement et ça se fige au moment de la pré-production, quasiment ?


Sarah

Non ça se fige avant.



Sabry

Bien avant.


Thibaut

En tout cas ça devrait.


Sarah

Voilà, en fait l'idée c'est qu'on sait combien ça coûte. On va définir en amont et donc, on va devoir travailler sur toute l'écriture et la pré-production pour rentrer dans ces contraintes que l'on nous a posées.


Sabry

Oui, souvent budgétaires.


Sarah

Oui, voilà.


Sabry

C'est quoi le budget pour une saison 3 comme ça ?


Sarah

Là on est légèrement en-dessous de 7 millions.


Sabry

D'accord, OK, très bien. Et c'est un nouveau challenge pour vous de travailler sur des séries de ce type-là ?


Sarah

Oui, pour le coup s'en est un parce que c'est vrai que sur Chien Pourri, on était sur des budgets un peu supérieurs. Mais bon, quand c'est une première saison, en général, on arrive à réunir un peu plus.

Pour les saisons successives, en général on a un peu moins, on arrive à réunir un peu moins de financements. Et donc ça demande de réfléchir autrement, d'optimiser. Mais bon, nous y sommes parvenus avec notre partenaire Bayard et voilà, ça se passe très bien.


Thibaut

C'est une des raisons pour lesquelles - Justement, c'est ce que disait Sarah, qui est important. C'est vrai que là, on va démarrer en septembre, et malgré tout, on est déjà à peu près à la moitié de l'écriture. C'est aussi justement quelque chose qui nous coûte un petit peu de temps, mais qui nous permet effectivement de démarrer la pré-production. Donc avant même d'avoir fait les premiers boards, on a déjà écrit à peu près la moitié de la série.


Sabry

Oui.


Thibaut

Et donc du coup, on peut maîtriser ; pas tout à fait comme sur un unitaire, mais on peut vraiment maîtriser quand même ce qui se passe dans la série, sans être dans des contraintes conceptuelles trop fortes, d'avoir droit que à ce lieu-là, ce lieu-ci. On peut ajuster les choses un petit peu tard. C'est vrai qu'avec la même somme d'argent, on arrive à optimiser un petit peu mieux comme ça.


Sabry

Et donc vous avez besoin d'avoir en fait ces épisodes écrits pour vous retrouver en réunion et dire OK, là ça se passe à tel endroit, donc on sait qu'il va y avoir ce paysage à rajouter - Je ne sais pas, au moment de l'étape de dessiner en fait les décors, etc. Et c'est comme ça que vous allez dans le détail, vraiment lister l'ensemble des éléments dont il va falloir faire la production.


Thibaut

Voilà. En fait il y a des ordres de grandeur. Au début, on travaille vraiment sur des ordres de grandeur par rapport à un concept. On sait que chez Sam Sam, il va falloir être chez Sam Sam, il va falloir être à l'école, etc. On a des ordres de grandeur un peu minimum et incontournables, qu'on va croiser avec le budget. Et justement, c'est vrai que plus on avance l'écriture des épisodes, plus on va mettre à jour la bible littéraire et la bible graphique, avec des personnages qui ont disparu.


Sabry

Ah bon?


Thibaut

Oui, parce qu'on a réécrit du coup certains petits bouts d'épisodes, parce que ce personnage-là ; faire un personnage pour deux épisodes, c'est un peu dommage. Ce lieu-là, on ne s'en sert pas tant que ça. À l'inverse, il manque un personnage qui a tel type de rôle, il manque un décor qui a telle utilité. Et donc on arrive à faire évoluer les choses comme ça assez tard, tout en restant sur des budgets raisonnables.


Sabry

Donc c'est une bible mouvante en fait, elle n'est pas figée, elle reste tout le temps... Il faut rester flexible et essayer de faire entrer et revoir la copie comme ça au fur et à mesure.


Sarah

Oui, parce cette bible et ces contraintes sont données aux scénaristes au début. Mais après, il y a peut-être des personnages qui ne vont pas les inspirer, ou au contraire, un/une scénariste qui va avoir l'idée d'un personnage qui va plaire beaucoup aux autres scénaristes. Bon ben là, on a un potentiel pour plein d'épisodes qui nous inspirent. Donc dans ce cas-là, ben oui, on va enlever celui qui n'intéresse finalement pas grand monde, pour se dire finalement "Bon ben c'est celui-ci qu'on va modéliser", et allons-y quoi.


Sabry

Tous ces aspects créatifs, ça doit te passionner en fait, parce que tu es au cœur du sujet à chaque fois dans le développement.


Sarah

Oui, c'est surtout très agréable d'échanger avec les scénaristes. On a travaillé avec un certain nombre de scénaristes, et en général c'est des personnes quand même très intéressantes. (Rires) Et qui fourmillent d'idées. Donc voilà oui, c'est un grand plaisir.



Sabry

On va bientôt devoir se quitter déjà. Est-ce que vous avez des conseils à donner l'un et l'autre pour des jeunes qui veulent démarrer dans cette industrie ? Soit pour devenir producteur exécutif, soit pour devenir directrice ou directeur de développement. Rapide conseil ?


Thibaut

Ce n’est pas facile. Qu'est-ce qu'on pourrait dire ? Ben non, enfin en tout cas, pour quelqu'un qui veut s'orienter vers la production au sens large même, je pense qu'il y a un bon conseil. En tout cas, moi je le vois avec mon expérience, ça ne veut pas dire que c'est la seule voie. Mais en tout cas je leur conseillerais de commencer par travailler vraiment sur des productions, un peu entre guillemets en bas de l'échelle, ou vraiment à mettre les mains dans le cambouis pour voir comment ça se passe, parce que ça permet de garder une bonne compréhension derrière quand on s'occupe des choses, vu d'un peu plus loin.


Sabry

Oui. Donc c'est vraiment mettre les mains dans le cambouis quoi, être proche du terrain, se lancer, faire des stages, ... Voilà, OK.


Sarah

Oui, alors après moi ce n’est peut-être pas vraiment un conseil. C'est être super curieux/curieuse, il faut se poser des questions tout le temps, tout le temps remettre tout en question, voir comment on peut mieux faire. Enfin on a un rôle vraiment de couteau suisse. En tant qu'équipe de production et producteurs, pour moi notre rôle, c'est de permettre au projet de voir le jour.


Sabry

Oui.


Sarah

Et donc c'est de se mettre au service du projet, des équipes, et donc ça ça demande d'être extrêmement flexible. Donc voilà, pour moi, c'est ça. Il faut être très polyvalent et curieux et avoir envie de travailler en équipe. Si on n'aime pas travailler en équipe, je pense que ça ne sert à rien.


Sabry

En tout cas vous êtes les facilitateurs, les orfèvres, pour qu'on puisse tous participer à découvrir ces superbes histoires, donc merci pour ça. Merci d'être venus aussi sur ce podcast. Je suis très content que vous ayez accepté mon invitation. Sarah, Thibaut, au revoir.


Thibaut

Au revoir, merci pour l'invitation.


Sarah

Merci beaucoup, merci pour l'invitation.


Sabry

Donc nous allons nous quitter. Merci de nous avoir écouté. N'hésitez pas à partager à vos amis et à vos proches ce podcast si vous avez aimé et à vous abonner pour recevoir les prochains épisodes. Merci, au revoir.

L'interview en vidéo