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ILLUMINATION MAC GUFF

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Sabry 

Pour ce nouvel épisode, j'ai l'immense plaisir de recevoir Pierre Coffin, réalisateur de films d'animation et notamment, de “Moi, moche et méchant”,“Despicable Me” en anglais. Et donc le papa des Minions, en quelque sorte. 

 

Pierre 

Un des papas ! On est plusieurs. 

 

Sabry 

C'est vrai. Bonjour Pierre, Comment ça va ? 

 

Pierre 

Pas mal. 

 

Sabry  

Je suis super content de vous recevoir. Qu'avez-vous ressenti, quand pour la première fois, vous avez vu vos propres créations se balader dans un parc aussi mythique que celui d'Universal Studios ?  

 

Pierre 

Je ne sais pas si c'est ça en fait qui m'a le plus marqué ou si c'est le fait de le voir partout, en fait. J’ai un souvenir de l'avant-première, la projection qu'on a eu à Annecy. 

 

Sabry 

C'était la toute première projection, à Annecy ? 

Pierre 

Ouais 

 

Sabry 

Ah ouais, d'accord. 

 

Pierre 

Et c'était complètement... Vous savez, quand vous avez des moments forts en fait qui vous arrivent dans la vie. Enfin moi en tout cas, quand je me fais insulter ou quand... 

 

Sabry 

Quand les choses sont très bien... 

 

Pierre 

Exactement, alors j'ai un espèce de voile blanc en fait qui se met devant.Et puis je ne sais pas ce qui arrive. J’ai beaucoup de mal à me remémorer parla suite en fait, qu'est-ce qui s'est passé. Et là après... Juste avant la projection, ils nous ont fait monter sur scène, ils nous ont demandé de dire bonjour à tout le monde. Et ils ont projeté le film et après, quand la lumière est réapparue, c'était un espèce de... J'ai vu tout le monde debout autour de moi. 

 

Sabry 

C'est une euphorie quoi. 

 

Pierre 

Ouais, je ne m'en souviens pas en fait, c'est ça le problème. Et après ils nous ont remis sur scène, ils nous ont posé des questions, alors que je ne me rappelle pas que ce soit une coutume à Annecy, d'avoir des gens qui parlent de leurs films après. 

 

Sabry 

Tout de suite après, ouais. 

 

 Pierre 

Et je m'en rappelle, pendant tout ce passage-là, je ne me souviens pas avoir dit quoi que ce soit, mais je voyais... J’ai oublié son nom. 

 

Sabry 

Un collaborateur ? 

 

Pierre 

Non, absolument pas. Le mec des Simpson, Matt. 

 

Sabry 

Ah oui, le créateur de Simpson. 

 

Pierre 

Au secours, je ne connais que lui. On parlait de lui... Matt Groening ! Ah la honte. Je le voyais là, debout, en train d'applaudir, et je me disais, mais pourquoi il est debout, pourquoi il applaudit ? Puis je voyais Didier Brunner aussi, le Monsieur qui a produit plein de films français géniaux, qui était là aussi à me faire coucou. Et je me disais, mais putain pourquoi ils sont tous debout en train d’applaudir ? Et c'est la seule image qui me reste de ce truc-là. 

 

Sabry 

Ouais, ils étaient en train de témoigner en fait, un "bienvenue dans la bande". 

 

Pierre 

Ouais, peut-être, ouais. 

 

Sabry 

Bienvenue dans la bande, parce que quand je dis ça, c'est quand même dingue. Vous êtes dans des parcs - Bon c'est Universal, qui est aussi maintenant avec Illumination Mac Guff. Et on va parler de ça. Mais moi j'ai trouvé ça génial et je suis allé plusieurs fois dans ce parc-là. D'être au milieu des Simpson, des Harry Potter, de Jurassic Park et d'avoir lesMinions là. Et ça c'est carrément une consécration, quand on arrive à avoir autant d'impact dans la pop culture quoi. 

 

Pierre 

Ouais, enfin ce qui me fait le plus bizarre, c'est pas tant de les voir partout - parce que c'est une propriété Universal. Ils sont assez bons là-dedans, pour récupérer leur IP, comme ils disent, pour les faire fructifier. 

 

Sabry 

Développer quoi. 

 

Pierre 

Voilà, c'est ça quoi. Le plus bizarre quand même, ça reste d'entendre ma voix partout dans le parc. 

 

Sabry 

Ah bon ? Ah bah oui, avec les... 

 

Pierre 

Oui, c'est très, très... Heureusement que c'est pas ma voix quoi.Heureusement qu'elle est un peu trafiquée. Mais je suis toujours un peu étonné d'entendre ça et de me dire Tiens, c'est moi qui l’ai fait, et tout le monde est en temps d'écouter ça. 

 

Sabry 

Ouais, ça c'est marrant, mais on parlera aussi de cet élément. Bon alors“Les Minions”, ça vient aussi de “Moi, moche et méchant”. “Moi, moche et méchant”, ça a été réalisé en 2010. Et derrière, il y a eu toute une série de films, “Moi, moche et méchant 2”, qui était en 2013. Ensuite, “Moi, moche et méchant 3”, plus récemment, en 2017. Et puis deux, qu'on pourrait appeler un prequel, sequel, enfin on ne sait pas trop.  

 

Pierre 

Spin-off, comme ils disent. 

 

Sabry 

Un spin-off, ouais. “Les Minions”, en 2015. Et qui arrive bientôt, « LesMinions 2 », qui devait sortir en 2021, mais bon, vu que le contexte sanitaire ne nous l'a pas permis, ça sera cette année. Donc c'est des films qui sont quand même à la fois des réussites et qui trouvent à chaque fois un succès fou au Box-office. 

 

Pierre 

Ouais, j'ai envie de dire presque, contrairement à ce que tout le monde pourrait penser en fait. Et je me rends compte avec un certain cynisme, qui vient avec l'âge en fait, que c'est pas parce que plus de gens vont voir le film, que le film est automatiquement le meilleur. Et ça je m'en rends compte en fait, parce que maintenant avec le recul, j'ai toujours une tendance à l'autocritique un peu trop appuyée, mais je vois à peu près ce que les films valent. Je trouve que le premier il était bien, donc je pense qu'il méritait son petit succès. 

 

Sabry

Et d'ailleurs, il est super bien noté par les gens, que ça soit sur…

Pierre

Je ne sais pas.

 

Sabry

Ah c'est incroyable.

 

Pierre 

Bon, je ne sais pas. Le 2, je pense que c'était une grosse blague, dans le sens où c'était vraiment un texte avril, parce qu'on est allé gag sur gag. On était en fait, je pense, au summum de notre envie de créer, de faire quelque chose d'animé et de faire honneur à ceux qui nous ont inspiré... 

 

Sabry

Vos inspirations, ouais.

 

Pierre 

Et après en fait, il y a eu « Les Minions ». Et « Les Minions »,ça a été une super belle aventure humaine, je trouve. Au niveau du travail, c'était juste un enfer parce qu’il n’y avait quasiment pas de script. Mais par contre, au niveau créatif, c'était un espèce de bac à sable absolument génial. En fait, on se disait Bon alors maintenant on sait que la séquence commence là, et doit se terminer comme ça, parce qu'on a les débuts et la fin des séquences précédentes et suivantes. Mais qu'est-ce qu'on va mettre là-dedans, quoi ? Et alors là, c'était…

 

Sabry

C'était un peu en mode laboratoire alors aussi.

 

Pierre 

C'était génial, c'était super quoi. Mais par contre, il faut avoir le cœur sacrément accroché. Je pars du principe et je ne peux pas l'appliquer à moi-même, parce que j'ai des gens au-dessus de moi, en fait. Heureusement d'ailleurs, peut-être. Mais tout doit partir du script, d'une idée. C’est-à-dire, c'est quoi le début, c'est quoi le milieu, c'est quoi la fin, c'est quoi les différents arcs des différents personnages, s’il y en a plusieurs, etc. Là, moi depuis que je bosse avec les Américains, tout ça, ça vole en éclats quoi. Je sais que quand je commence un film avec une idée en, ça peut se terminer d'une manière complètement imprévue quoi. Et ça, c'est très très dur pour un réalisateur. J'aime pas m'appeler ça en fait.

 

Sabry

Ben si, vous êtes réalisateur.

Pierre 

Peut-être, mais pour moi, c'est qu'un titre. Et dans la vraie vie en fait, je ne suis pas réalisateur. J'aide quelqu'un, un producteur notamment américain, à…C'est une œuvre de commande pour moi. On me demande à filer un coup de main, et je file ce coup de main à l'aide de mes 300 minions, on va dire, des 300collaborateurs. Et j'essaye de lui donner au bout de trois années en fait, avec quelque chose qu’il va pouvoir vendre, qui guide tout au long de ces trois ans. Mais d'une main de fer quoi. Et ça, au bout de dix ans, c'est un peu lourd quoi.Moi ça ne me dérange pas, au contraire. J'ai cette facilité à vouloir rendre service parce que je suis hyper sympa comme mec. Mais j'ai quand même - au bout de dix ans en fait, vous vous dites, Mais c'est quand même pas mal en fait, ce serait bien qu’il m'écoute des fois. Parce que des fois on gagnerait vachement de temps là, plutôt que de tergiverser. 

 

Sabry

Est-ce que c'est pas travailler avec les Américains, ça ? De facto, on est…

 

Pierre

Je sais pas, j'en sais rien, je ne sais pas parce que une des personnes avec qui – un des réalisateurs du dernier Minions là, qui s'appelle Kyle Balda, que je connais depuis des lustres en fait, qui était chez… Alors, c'est aucun des deux. 

 

Sabry

Non, c'est aucun des deux. On va le voir, il est là Kyle Balda.

 

Pierre

Ah ben oui, Kyle, my buddy.

 

Sabry

C'est qui ces trois personnes ? Éric Guillon, Chris Renaud, et Kyle Balda.

 

Pierre

Alors, je tiens à préciser que Éric Guillon en fait, c'est la personne la plus importante de tous les films qui sortent du ? (08 :28) parce qu’il n’y a pas un personnage, un décor, ou un concept visuel qui ne vienne pas de lui. « Les Minions » c'est lui, en fait. Graphiquement, à chaque fois vous voyez un minion, vous vous dites Ouais, c'est Éric Guillon qui l'a désigné. Le truc d’Éric, c'est que je trouve qu'il n’a jamais eu la reconnaissance en fait qu’il devrait avoir. Donc là, il y a un bouquin qui doit sortir ; heureusement, depuis le temps, avec tout ce qu'il a fait pour Illumination.

 

Sabry

Ah ouais ? C’est top ça.

 

Pierre

Cet homme est un génie, je vous le dis.

 

Sabry

Non mais je le pense aussi, parce que j'ai vu aussi tous ses travaux. Effectivement, c'est lui qui est à l'origine à la fois des caractères designs, des environnements. Enfin, c'est quelqu'un qui est ultra…

 

Pierre

Et il est absolument génial en fait parce que, j'ai envie de dire qu'il est au-delà du graphisme. On lui demande en fait quelque chose de graphique au final, mais derrière le graphisme, il y a une idée. Et c'est hyper rare quoi.

 

Sabry

Justement, avant qu'on passe à Chris Renaud et Kyle Balda, on va avancer un petit peu sur les images, de voir comment justement s'est passé le processus créatif autour des Minions. Parce qu’il y a eu des premières ébauches et ça, ça date d’il y a longtemps. 

 

Pierre

Ouais, alors ça en fait, ce qu’il faut savoir - Mais alors je ne sais pas si vous le savez ; le projet de « Moi, moche et méchant » en fait, il ne vient pas de Chris, mais de ? (09 :51), le producteur. Il ne vient pas de moi. Il vient d'une personne d’un ancien de chez Disney, qui s'appelle Sergio Pablos et qui a fait Klaus.

 

Sabry

Ah oui, tout à fait. Et qui a son propre studio aussi ? 

 

Pierre

Tout à fait, ouais.

 

Sabry

Très bien.

 

Pierre

Et je crois qu’il est passé par l'école Disney, il a bossé à Montreuil, du temps où ils étaient à Montreuil là. Et après, il a monté son studio et puis après, je crois qu'il a démarché différents studios hollywoodiens, avec ses différents projets, dont un projet qui s'appelait Evil Me à l'époque.

 

Sabry

Ouais, c'est ça. Donc ça, c'était les premières planches concepts quoi. 

 

Pierre

Ouais, c’est ça. Et il avait ce concept génial - Alors je suis moins fan des dessins parce que je les trouve vachement séries moi, mais bon, voilà. Et il avait ce concept vachement bien, qui était de dire ; enfin en tout cas, moi c'est comme ça que j'ai extrapolé. En voyant ses dessins, je me suis dit C'est cool en fait, c'est un vilain James Bond machin… Bon alors là, il est un peu trop gothique pour être James Bond, mais en extrapolant en fait et en discutant avec Éric, on s'est dit Bah ouais, en fait c'est l'histoire d'un méchant, d'un ultra vilain. Mais dans la vie quotidienne quoi. Est-ce qu'il paye des factures? Est-ce que son personnel fait des grèves ? Le mec au fond là, qui pousse des…Vous voyez, un James Bond, avec tous les gens qui poussent des missiles et tout ça. Forcément, ils ont une famille, ils ont leurs problèmes avec la banque, forcément ils ont machin. 

 

Sabry

Ouais c'est la back story ou le quotidien de cette personne.

 

Pierre

Exactement, et là on se disait avec Éric Putain, il y a une mine à exploiter là-dedans en fait. Visuel et puis d'idées et autres.

 

Sabry

Et donc visuellement derrière, c'est ce qui a été traduit et qu'on va voir par Éric Guillon, c'est les planches où on a ce personnage un petit peu draculesque.

 

Pierre

Ouais, là c'est devenu un petit peu un fonctionnaire là. Enfin, on va voir limite des pompes funèbres, et tout ça quoi. 

 

Sabry

Tout à fait. Et qui a une équipe de jeunes travailleurs.

 

Pierre

Ouais, tout à fait quoi. C'est ce genre des petits…

 

Sabry

À la salopette bleue.

 

Pierre

Voilà, exactement.

 

Sabry

Et donc sur ça, il a continué à itérer. Et alors, comment se passe le processus d'itération ? Est-ce que vous étiez déjà présents à cette époque-là ?

 

Pierre

Oui bien sûr, on était présents. Éric, je le connais depuis avant ça, en fait.On travaillait ensemble, j'ai fait beaucoup de publicité avant et Éric m'aidait soit sur le storyboard, soit au concept, pour faire des recherches graphiques. Et donc on se connaissait avant. On avait l'habitude de collaborer ensemble, c'est-à-dire de se parler et de se dire… Moi, il m'a envoyé des trucs et puis je lui disais "Ah ça serait peut-être mieux de faire ça". Ou alors qu'est-ce que tu penses de faire ça ? Et donc on a appris à travailler ensemble.

 

Sabry

Des échanges de passionnés en fait.

 

Pierre

Ouais, complètement. Et toujours avec un but très précis. Le client veut quelque chose et donc qu'est-ce qu’on va lui filer ? Mais quelque chose qu'on aime bien quoi, parce que on a été embauchés. Donc si on aime bien quelque chose, c'est que ça va forcément plaire, vu que on a été embauchés pour ça. On est naïfs. Et donc après le processus créatif, dans le concept de Sergio Pablos, les minions étaient censés être une armée de gros durs et tout ça quoi, genre le méchant dit Bah allez me kidnapper trois petites fillettes. 

 

Sabry

Comme on a l'habitude de connaître, en fait.

 

Pierre

Exactement, le cliché, c'est des gros mastos en fait, les hommes de mains en gros quoi. Et Éric, lui, a pris forcément le contre-pied. Il s'est dit Bah non, ça se trouve, c'est des travailleurs, ils font ça, ils vont au boulot tous les jours, leurs. Et donc bleu de travail, etc.

 

Sabry

D’accord.

 

Pierre

Non seulement le bleu de travail, mais petits hein. Je ne sais pas si tu as vu, les tailles sont minuscules quoi. Et donc on s'est dit que ça faisait peut-être un petit peu trop OompaLoompas, le truc de… Excuse-moi, moi aussi je suis un peu décalqué. 

 

Sabry 

On rentre tous deux de voyage. 

 

Pierre

Ouais, Charlie et la chocolaterie en fait, il y a les travailleurs de l'usine là, c'est les Oompa Loompas. Et donc c'était un peu de ce goût-là quoi.Et donc c'était des humains, et donc on s'est dit qu’il faudrait trouver autre chose. Et c'est là en fait que les discussions ont réellement commencé en fait, par rapport à ces bestioles, parce qu'on s'est dit Bah ça peut pas être des humains, parce que ça va faire bizarre, ça va faire Charlie et la chocolaterie. Donc il faut que ce soit autre chose. Donc il y a Chris Renaud qui s'est dit Bah ça se trouve ; on s'inventait des histoires parce qu'on n’avait pas de script ; donc ça se trouve, c'est le méchant qui, en creusant son antre, ou son labo, est tombé sur ces créatures. Et donc Chris Renaud après leur a dit Ah bah ça se trouve, c'est des créatures ? (14 :28). Et donc on va leur coller des espèces de masques sur les yeux, façon lunettes, pour que genre ils ne voient pas. Et puis on va les mettre jaunes, ou pales du moins quoi.

 

Sabry

Ah parce qu'ils n’avaient pas pris le soleil, en fait.

 

Pierre

Bah voilà, c'est ça, ils ne voient jamais le soleil. Et donc au fur et à mesure en fait, les choses ont évolué. Après, ça a transité vers un espèce de truc en fait, où ; vous avez vu le dessin tout à l'heure…

 

Sabry

Ouais, j'invite les auditeurs et auditrices à aller sur la version vidéo de cette interview. Comme ça, vous avez les visuels.

 

Pierre

Et donc on a transité par des espèces de créatures, qui ressemblent à des extraterrestres. Genre rouges, verts, bleus. Et puis on s'est dit non, trop bizarre.Et après c'est devenu un mixte de… C'est devenu un peu des trucs comme ça, quoi. Et on a commencé à les mettre sur ordinateur, à les sculpter sur ordinateur, et puis a commencé à les animer, juste pour voir. Et ça a donné des espèces de petits trucs un peu… Alors, je crois que c'était la base ceux-là, là. Et ça a donné un truc un peu trop organique en fait, avec des lèvres bien marquées, des yeux… Presque trop réalistes quoi, presque un peu trop batracien.Et on a demandé à Éric de prendre ça pour base. Ah non, ça c'est la fin.

 

Sabry

Ouais ça c'est la fin, mais on va aller sur ça. Justement, vous en avez fait une sorte de cellules en fait.

 

Pierre

Ouais, mais très japonisantes en fait, finalement, parce que dans le design, c'est très épuré. Et je pense que c'est une partie peut-être du succès aussi, le fait que tout le monde soit capable de les dessiner. C'est un code couleur quoi, genre rouge, bleu, … Enfin pardon, si vous dessinez une forme jaune sur un truc bleu, en fait tout de suite, tout le monde - Enfin tout le monde…

 

Sabry

Avec des lunettes ou des gros yeux, alors là, c’est tous de suite desMinions.

 

Pierre

C’est tout de suite les Minions quoi. Donc ça a une forme de génie en fait, qui est attribuée évidemment à Éric. 

 

Sabry

D’universalisme en fait, un peu.

 

Pierre

Ouais.

 

Sabry

Et comment entre ce moment-là, où vous avez les premiers concepts art on va dire, qui sont issus de la relecture de ce qu'avait fait Sergio Pablos et cette animation qu'on vient de voir là, qui sont des premiers tests, en fait - Combien de temps se passe quoi ? C’est ça qui nous intéresse aussi.

 

Pierre

En fait, ils se donnent du temps. Enfin ils se donnent du temps… Ils se donnent trois ans pour faire des films, en général. De manière très arbitraire, en fait. Et ça ne se passe jamais comme ça. La première année, ils se disent on écrit l'histoire. La deuxième année, on prépare techniquement l'histoire qu'on va produire. Et la troisième année on produit, c'est-à-dire qu'on fabrique et on anime des choses. En fait, les choses se chevauchent, c'est-à-dire que pendant que le script se fait, il faut commencer à construire les objets, pour pouvoir les animer derrière. Évidemment, il y a tout qui change parce quel e scénario n'existe pas, donc au fur et à mesure que le scénario change, les objets qu'on a construits, ils sont caducs, donc on est obligé de… Mais il y aune espèce de dynamique qui est lancée le premier jour de la première année, qui fait que la machine ne s'arrête pas, parce qu'on a une date butoir. Et cette date n'a jamais bougé et ne bougera jamais. À chaque fois qu'un film a commencé, on savait quand est-ce qu'il a été…

 

Sabry

Donc c'est extrêmement collaboratif et donc les gens ont envie de participer pour que ça se fasse.

 

Pierre

Oui, complètement. C'est un vrai travail d'équipe. C'est pour ça que je dis, moi je suis pareil en fait, je suis juste un interlocuteur. Le grand patron me dit Ah ben j'ai un problème, je n’aime pas cette séquence ; Je vois la séquence, je me dis Oui effectivement, il y a… Et il y a 36 000manières de résoudre le problème qu'il a. Et après, est-ce qu’il me fait confiance ou pas pour les résoudre ? Telle est la question. Mais c'est pour ça qu'il m'embauche en gros. 

 

Sabry

Le patron, justement, on peut revenir sur cet élément-là. On va revenir sur les photos de Chris et…

 

Pierre

Meledandri.

 

Sabry

Christopher Meledandri.

 

Pierre

Normalement, non ?

 

Sabry

Oui c'est ça.

 

Pierre

C'est le producteur qui travaillait à la Fox avant, qui a produit des films comme…

 

Sabry

L'âge de glace.

 

Pierre

L'âge de glace, tout à fait. Mais avant ça, je crois qu'il a commencé sa carrière sur Footloose. 

 

Sabry

Ah ouais, carrément. 

 

Pierre

Vachement bien. Enfin vachement bien…

 

Sabry

Oui, c'était pas du tout le même registre quoi. 

 

Pierre

Non, il était dans le live en fait. Et après, il a produit le film desSimpson. Après, il a produit quoi d'autre ? Son premier truc tiré du Dr.Seuss, qui s'appelait Horton Hears a Who ! qu’on ne connaît pas ici, et que je n'aime pas du tout en fait. Tout ce qui est Dr. Seuss, ça me dépasse, parce que je graphiquement, je trouve ça horrible, ça me hérisse le poil. Et je ne comprends pas ce qu’ils se racontent en fait. 

 

Sabry

Mais quand il produisait ces films-là, il travaillait pour un broadcaster.

 

Pierre

La Fox, ouais.

 

Sabry

Et ensuite, il a monté sa propre structure ?

 

 

Pierre

Ouais, mais en fait il s'est fait débaucher par Universal. Et en se faisant débaucher, il a créé sa propre boîte, en l'appelant « IlluminationEntertainment » au début, mais il a laissé tomber le « Entertainment ». Et par contre, ils ont un contrat d'exclusivité avec Universal. C'est-à-dire qu'ils sont à égalité on va dire, avec Universal. 

 

Sabry

D'accord, en tant que producteur exécutif, mais en fait ils co-produisent ensemble.

 

Pierre

Oui, c'est un peu plus que producteur exécutif quoi.

 

Sabry

Et donc, après avoir eu une série « Le Lorax », et d'autres films comme ça, il a eu cette idée-là, qui lui vient du coup de Sergio Pablos, en gros.

 

Pierre

Ah oui attends, Le Lorax c'est venu après. C'était peut-être du temps où il était à la Fox en fait, où il a rencontré Sergio Pablos avec ce projet, etChris lui a dit non. Et puis après, il a quitté la Fox et il a dit Ouais en fait ton truc là, si, si, c'est pas mal, viens – Peut-être. Mais en tout cas, le fait est qu'il avait ce concept en main quand il a commencé à démarcher différents studios aux États-Unis, en Europe, soit disant le monde, pour savoir où est-ce qu'il allait le produire. 

 

Sabry

Donc il a débarqué chez vous. 

 

Pierre

Ouais, alors je n’étais pas là, c'est pas moi qui ai ouvert la porte.

 

Sabry

C’était Jacques Bled. 

 

Pierre

C'était Jacques Bled ouais, tout à fait. Alors ma collaboration avecJacques Bled en fait, c'est que… Jacques Bled et quatre autres… Je crois quatre.Enfin bon, bref.

 

Sabry

Oui, c'est quatre cofondateurs de Mac Guff Ligne.

 

Pierre

Mac Guff Ligne, voilà. Moi j'étais client chez eux. J'ai commencé ma carrière en fait dans une société qui s'appelait Ex Machina.

 

Sabry

Elle a fait des bébés cette Ex Machina.

 

Pierre

Oui, plein. Mais après, je les ai tous retrouvé chez Mac Guff, tous ces gens, en grande partie. Enfin pour les meilleurs, en tout cas.

 

Sabry

Et donc vous utilisiez les animateurs à l'époque de chez Mac Guff Ligne, pour vos…

 

Pierre

Pour les publicités, et mes différents trucs institutionnels. 

 

Sabry

D’accord. Donc là a commencé une collaboration avec eux. 

 

Pierre

Tout à fait, ouais. Et après, c'est de l'ordre du mythe, en fait. Il faudrait que vous invitiez Jacques Bled pour savoir. Mais en fait la vérité, elle est dure à savoir parce que Chris Melelandri, quand il me raconte l'histoire, moi j'ai pas l'impression que c'est celle-là. Et quand Jacques me la raconte, je me dis Bah non, ça s’est passé vraiment comme ça quoi. Et quand j'en parle à ChrisRenaud, mon co-réalisateur sur le premier film - lui alors il me raconte une histoire, mais je me dis mais c'est pas possible. 

 

Sabry

Donc il y a trois versions. 

 

Pierre

Non mais c'est affolant quoi. En tout cas ma version donc, c'est que moi je n’étais pas là. Ils se sont pointés ; enfin Chris Melelandri et son collaborateur de l'époque, qui s'appelait John Cohen ; se sont pointés enFrance.

Non, ils sont allés en Angleterre visiter Framestore, parce que Universal venait juste de terminer « The Tale of Despereaux ». Je ne sais pas comment ça s'appelle en français, le truc avec une petite souris au Moyen Âge en fait. 

 

Sabry

Ah je ne connais pas ce film-là.

 

Pierre

Et ça se voulait dans la veine des tableaux de Vermeer, un peu. Donc Universal avait fait un de leurs films avec Framestore et donc mon producteur s'est ditBon bah je vais visiter le studio quoi. Et ils ont profité d'être enAngleterre pour rencontrer une grande partie des boîtes de prod. Et ils ont frappé à la porte d'une boite qui s'appelle Passion Pictures, avec qui j’ai collaboré et collabore toujours. Enfin toujours… Bon, bref.

 

Sabry

C’est un autre sujet.

 

Pierre

Oui, c'est compliqué. Et là, apparemment…

 

Sabry

Ils ont eu un peu pitié du truc.

 

Pierre

Non ils ont dit bah en fait il y a ce mec - en parlant de moi et de Jacques.Enfin il y a ces gens qui sont en France en fait. Vu que vous êtes là et si c'est pas loin, moi j'irai le voir.

 

Sabry

Prenez l’Eurostar.

 

Pierre

Ouais, c'est ça quoi. Et donc il a déboulé au studio en fait et il l'a visité et Jack lui a montré tout ce qu'il se faisait en animé. Et tout ce qu’il se faisait en animé, en fait c'était moi quoi. Et moi j'étais en tournage, je sais plus où et pourquoi, probablement pour une caisse d'épargne quelconque. Et donc en gros, ils sont repartis en se disant Bon bah quand il reviendra, on reviendra quoi. Et donc je suis revenu, éventuellement. Et donc ils sont revenus, on s'est rencontrés, puis le truc a commencé un peu comme ça. 

 

Sabry

Il y a eu une bonne relation qui s'est installée tout de suite quoi. Ils vous ont fait confiance dans le travail.

 

Pierre

Oui, mais alors j'étais super méfiant en fait, parce que j'étais sorti d'une très, très, très mauvaise expérience en fait, avec soi-disant des producteurs, pour un grand film français, de long-métrage. Et j'avais passé peut-être un an dessus en tenant le coup à chaque fois et en me disant rien de bien ne se fait simplement, donc c'est peut-être normal tout ça en fait, que le producteur soit bizarre, que machin… Alors il y avait des gens talentueux dedans ; en fait c'était une coproduction et un des deux producteurs – Je ne vais pas citer l’autre là, parce que je n’ai pas envie de lui faire de pub, même si elle est mauvaise – Mais il y avait Didier Brunner en fait parmi les deux, et lui il était génial, mais bon. Et quand j'ai décidé d'arrêter en fait, comme par hasard, deux mois plus tard, lui aussi a jeté l'éponge. Donc bref. Et donc sorti de cette très mauvaise expérience, je me suis dit… Je vois l’autre débouler…

 

Sabry

Tu étais un peu échaudé. Vous n’aviez pas très envie de…

 

Pierre

Ah oui, oui. Bah c'est surtout que lui, en plus de ça, c'était un Américain.Donc je me suis dit il va être dix fois pire quoi, à tous les niveaux. Au niveau des salaires, au niveau des droits, au niveau des relations, au niveau de la liberté de création, etc. Et en fait, il s'est trouvé que non. Enfin, au bout d'un certain temps, je me suis aperçu que… Alors, il est sacrément charmeur. Vous voyez sa petite bouille là ? Il a l’air très sympa là. Mais effectivement, il est très sympa et très…

 

Sabry

Très avenant, très enthousiaste. 

 

Pierre

Et surtout très intelligent, il sait y faire quoi.

 

Sabry

Non, effectivement, c'est un succès de toute part parce qu’il y a finalement chacun qui a mis sa pierre à l'édifice. 

  

Pierre

Oui, tout à fait, ouais. Et puis en fait… On va parler de JacquesBrel, parce qu’en fait si le studio il était bien, c'est grâce aux cinq, et c'est grâce à Jacques aussi. Et c’est pour ça que je faisais mes pubs là-bas, en fait.

 

Sabry

Exactement. Si les talents comme vous venaient taper à la porte chez eux, c'est qu'ils avaient une bonne raison pour ça.

 

Pierre

Bah moi je m'étais dit en fait c'est la seule boîte où je peux faire juste avant en fait ; alors c'est pas pour minimiser cette boîte, mais juste en anime, il y avait qu’eux. J’avais fait un petit passage par d'autres boîtes avant, et je m'étais dit Mais jamais je pourrais avoir ce que je veux en animation quoi. Parce que c'est pas ce que je veux en fait. J’ai pas forcément quelque chose de précis en tête en animation, mais je me dis que techniquement, il faut qu’ils aient les outils pour faire un truc, ou pour que quand je demande une modification, on ne me dise pas Bah non mais, il faut revenir dans une semaine.Ce n’est juste pas possible. Et là eux - j'ai la naïveté de penser qu’ensemble, on a créé un espèce de truc où quand les Américains ont déboulé, bah on savait faire, presque. 

 

Sabry

Non mais Mac Guff, ça reste une légende quoi, c'est-à-dire que niveau image, c’est difficile de faire mieux. Alors y en a d'autres qui sont venus se mêler à…

 

Pierre

À une époque en tout cas, oui, c’était ça.

 

Sabry

… au podium, mais c'est vrai que c'est incroyable. Alors, revenons surLes Minions et sur la réalisation. Moi je suis curieux de savoir comment on procède et comment on travaille quand on est réalisateur avec…

 

Pierre

Je vais vous décevoir. 

 

Sabry

Non mais, c'est beaucoup de coordination j'imagine entre les animateurs.Enfin d'abord les storyboarders, puis ensuite ceux qui vont faire les séquenciers, puis ensuite…

Pierre

Ouais, alors tout ça part du script, en gros. Il y a à peu près 300personnes qui travaillent dans différents corps de métiers, sur un film. Donc après, ça part des gens qui font le script - donc ils sont deux - à l'armée de gens en compo rendu, qui sont peut-être une quinzaine/vingtaine, voire peut-être plus. Et après, il y a plein de départements, genre les cheveux, les vêtements, les Fx, c’est-à-dire les explosions et autres. Donc tout ça, ça fait à peu près 300 personnes, mais ça démarre toujours avec un script ou avec une séquence on va dire, pour faire simple. Et qui est validée difficilement en général en production, parce que nous, on est en amont de ça en fait. Donc on lit le script et on s'est rendu compte que notre bien aimé producteur, des fois, il a du mal à lire et il préfère voir. Donc ce qu'on se dit nous, en général, c'est que d'accord, il n’y a pas de souci, on va prendre la chose et on va te donner notre interprétation de la chose, sous forme de petites vignettes, qu'on appelle storyboard. Ces storyboard, on les file à un monteur et son assistant.Un monteur a à peu près deux assistants je crois, un truc comme ça. Et il va prendre ces vignettes-là, il va les monter. Un monteur en animation, ce n’est pas quelqu'un qui a plein de rushes et puis qui fait un choix. Il a un nombre limité de vignettes et il se dit Bon bah OK, je vois le script, je vois ce que le réalisateur, là dans mon dos, demande par rapport à ce script qui existe. Et il traduit, mais il met bout à bout les images qu'il a, encollant de la musique et des voix temporaires et tout ça. Mais en gros, quand vous voyez jouer la séquence, c'est rigolo quoi, parce que…

 

Sabry

C'est la scène qui se passe.

 

Pierre

C’est la scène qui se passe.

 

Sabry

Et on voit ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas, etc.

 

Pierre

Exactement.

 

Sabry

Donc là démarre en fait le travail du réalisateur de dire OK, on code ci, on code ça, on rajoute un plan ou alors ce plan-là, il va falloir qu’on soit plus concentrés sur les visages… 

 

Pierre

Alors ce que vous dites là, ça implique en fait une certaine liberté. Là cette liberté-là, on ne l’a pas forcément. On préfère, surtout quand on a un doute sur une scène…

 

Sabry

La reprendre sous la contrainte. 

 

Pierre

Faire le storyboard de la scène avec deux, trois de nos idées dedans. Et puis de montrer ça le plus vite possible au producteur, parce que des fois, le producteur ne se rend pas compte que la scène qui fait dix pages, avec juste deux personnages qui se parlent en champ/contrechamp, ça risque d'être un peu ennuyeux. Et donc avec l'expérience, vous savez qu'en fait, plutôt que de couper, vous allez peut-être le montrer quoi, histoire de lui faire dire de lui-même que c'est peut-être un peu long. Et ça c'est dans le rôle du réalisateur aussi, d'avoir une espèce de stratégie, de diplomatie et de rhétorique. 

 

Sabry

Pour faire prendre les bonnes décisions au producteur, parce que c’est lui au final…

 

Pierre

Voilà, c'est exactement ça. En fait être réalisateur… Et ça, c'est avec tous les corps de métier dont je vous parlais, vous ne parlez pas à tout le monde de la même manière. Et à l'intérieur même d'une équipe de prod’ ; par exemple, je ne vais pas parler de la même manière à deux animateurs.

 

Sabry

Selon le rôle qu'ils ont. 

 

Pierre

Exactement. Selon le plan qu'ils ont, selon ma connaissance de ces deux individus, etc. 

 

Sabry

C’est pour ça que je parle de chef d'orchestre, on est vraiment en train de…

 

Pierre

C'est un peu ça, ouais.

 

Sabry

Et puis en plus, c'est un chef d'orchestre qui va de chambre en chambre. 

Pierre

Ouais, alors après, il y a des sous-chefs. Moi mon truc, c'est vraiment l'animation, donc en général, j’ai deux directeurs d'animation, qui savent à peu près ce que j'ai en tête, parce qu'ils ont l'habitude de travailler avec moi, etc. Et tout ce boulot de diplomatie, c'est eux qui le font avec les animateurs.

 

Sabry

On va voir un extrait d'ailleurs de vous en train de montrer une personne dont on va parler aussi.

 

Pierre

Ça va sortir la mise en scène là, je sens.

 

Sabry

Ouais, et justement on voit l'animation qui se déroule et on voit que ça part d'une version 2D et que vous allez vers une version 3D. 

 

Vidéo

[…]

 

Sabry

Bien entendu, c'est la voix de Gad Elmaleh.

 

Pierre

Trop sympa ce gars. 

 

Sabry

Notre légendaire Gad Elmaleh. Oui, c'est un point important aussi, tout ce qui est attrait après l'animation. Et là on a vu un peu justement le travail de Babette notamment, et d’autres. Il y a aussi le jeu d'acteur, c’est-à-dire que quand on regarde un film de « Moi, moche et méchant », c'est incroyable comme on rentre dans l'histoire, etc. Et ça vient notamment du travail des voix. On a côté américain Steve Carell, qui joue le personnage de Gru, et côté français, Gad Elmaleh. 

 

Pierre

Ouais, alors c'est pas pour minimiser la performance de Gad, mais on anime sur la voix originale qui est celle de Carell. Et Gad lui, tout comme Audrey Lamy aussi dans le 2, qui fait la femme de Gru - En fait c'est de la post synchro. C'est carrément un autre travail, je ne dis pas que c’est plus simple, bien au contraire, mais par contre c'est vrai que l'anime en fait ; et c'est marrant parce que quand j'étais étudiant aux Gobelins, il y a un truc qui me fascinait par rapport aux voix. C’est que des fois, les voix originales étaient en deçà des voix françaises. J'ai un souvenir en tête très précis, c’est dans « Brisby e tle secret de Nimh », un film de Don Bluth. Il y a un personnage d'un corbeau, qui est joué en français par Jacques Balutin ; personne ne le connaît maintenant. 

 

Sabry

Qui est un comédien de voix ?

 

Pierre

Oui c'est ça, mais alors c'est un vieux je pense, s’il n’est pas mort. Bref. Et la version américaine, je ne sais pas. Et je m'en rappelle l’avoir vu en VO ce film, mais…

 

Sabry

Ça faisait pas le même effet. 

 

Pierre

C'était pas terrible en VO et quand j'ai vu la voix française, j'ai dit "Ah la vache, c’est vachement bien, c'est vachement plus expressif". Et en fait il ya une raison à ça, c'est que les gens qui font le doublage, ils ont l'anime final. Ils savent quelle énergie ils doivent donner aux bestiaux là, qui se débattent et tout ça. Le mec au départ, en fait il a rien. Steve Carell quand lui il démarre, il a zéro visuel. Il y a juste nous, lui disant Alors là, t'es en train de courir, t'es essoufflé et t'es poursuivi par une armée de…

 

Sabry

Ah oui, d'accord, donc il est carrément dans le processus créatif de réalisation. 

 

Pierre

Exactement, il s’imagine dans sa tête.

 

Sabry

Et est-ce qu'il réécrit que parfois les…

 

Pierre

Complètement.

 

Sabry

Alors Steve Carell pour ceux qui ne connaissent pas, mais en gros c'est The Office, la grosse série. Il a fait plein d'autres films.

 

Pierre

Oui, bien et pas bien en fait, mais

 

Sabry

Puceau à 40 ans, enfin pas mal de choses…

 

Pierre

Oui, ça c'était bien. 

 

Sabry

Mais c'est un comédien qui est extrêmement brillant. 

 

Pierre

Oui, et surtout on improvisation en fait. 

 

Sabry

Et c'est lui qui a donné ce ton un peu, cet accent entre le mexicain, leDracula…

 

Pierre

Oui, c'est très bizarre, c'est en voyant l’attrait du personnage…

 

Sabry

Et ça marche très bien.

 

Pierre

Ça marche super bien. Et c'est lui aussi qui a inventé le… Enfin, on lui a vaguement pitché, puis alors il a surfé dessus. Le premier enregistrement en fait, je me rappelle, ou c'était dans le premier film, où il y a Gru qui arrive sur scène et où il y a une armée de minions qui est là. Et il y atout le monde qui l'applaudit, et on lui a demandé si tu pouvais leur donner des noms en fait genre Et toi et toi et toi et toi ? Et c'est là où il a commencé à sortir ces noms complètement lambda quoi, genre « Eh Ken,Marc ! ça va ? La famille et tout ? » Et là, ça a donné carrément une autre ampleur.

 

Sabry

Tout à fait. Ça a donné même en fait des personnages, puisque les trois petits minions qu'on suit, dans les minions notamment Kévin, Stuart et Bob, voilà, ça c'est…

 

Pierre

Mais ça c'est génial en fait de les avoir appelés de noms complètement communs.

Sabry

De ne pas les laisser anonymes, en fait. 

 

Pierre

Oui, c'est ça. Mais c'est rigolo de les appeler aussi par des prénoms usuels finalement quoi. 

 

Sabry

Non mais c'est vrai que ça a été une part importante. On va regarder un peu d'ailleurs sa prestation, parfois comment ça peut se dérouler.

 

Extrait vidéo

[…]

 

Sabry

C’est dingue, parce qu’en l'espace de quelques mots, ça transpire en fait d’intentions.

 

Pierre 

C'est un génie ce mec, franchement. En fait sa manière de travailler, c'est qu'il prend le script, il le lit plusieurs fois mais en live. Vous pouvez à la limite lui décrire le truc, mais alors déjà il vient préparer, contrairement à99% des acteurs qui font ce métier-là. Ils lisent le script, lui il lit les scripts, il lit ce qu'il doit dire dans la journée et tout ça quoi. Bizarrement en fait, il y a plein de gens qui ne le font pas, alors que moi je me dis naïvement que c'est le b.a.-ba, mais bon, bref. Et lui il se pointe toujours préparé et ce qui fait que en fait quand il se lance - on peut l'arrêter, évidemment ;mais on sait que ça va devenir… Il lit le texte et au fur et à mesure. Et c'est là où le génie apparaît. Il y a toute une scène dans le 3…

 

Sabry

Et donc vous collez sa lecture de scénario, enfin son interprétation du scénario et des dialogues, avec le storyboard ?

 

Pierre 

Des fois on réécrit le script en fonction de ce qu'il a fait, ouais. Il y a toute une séquence comme ça, où… Alors dans mon souvenir, les scénaristes n'y croyaient pas, ils ne voulaient pas l'écrire. Et je l’ai pitché à Steve Carell en fait. C'est dans le 3, où je me suis dit Ah bah tiens, ce serait rigolo peut-être de – Alors juste le 3, ce qu’il se passe en fait, c'est que Gru, le méchant, rencontre son frère, qui n’est pas si méchant que ça, mais qui est un peu bête quoi. Et je me suis dit Bah tiens, ce serait pas mal en fait, pour montrer qu'il y a une évolution ; évidemment ils se détestent au début, quand ils se rencontrent. Enfin Gru déteste son frère Dru. Et je me suis dit, Bah ce serait cool peut-être de montrer un changement de relation, en les faisant s'amuser à jouer l'autre. Et là, Steve Carell l'a appris et il nous a dit Bon alors je vais faire Dru, qui fait Gru là ? Et puis il nous a fait toute une passe comme ça, et après il nous a demandé Alors maintenant, remettez-moi Dru, et je vais lui répondre.

 

Sabry

Ah, il a fait les deux voix du coup ?

 

Pierre 

Ah ben oui, il a fait les deux voix, c'était génial.

 

Sabry

Mais alors sur la version originale, Dru est aussi joué par SteveCarell ?

 

Pierre 

Ah oui, oui, complètement, oui.

 

Sabry

Ah ouais d'accord, parce que sur la version française, c'est Arié Elmaleh, le frère de Gad Elmaleh.

 

Pierre 

Ouais, bah on s'est dit que c'était rigolo quoi d'avoir les deux frangins. 

 

Sabry

Ouais, bien sûr.

 

Pierre 

Et Steve Carell, je ne sais pas s’il a un frère qui est dans le métier. 

 

Sabry

Ah ouais mais quand même, c’est une sacrée prestation. 

 

Pierre 

Ah ouais c'était génial. Et puis c'est ce qui fait que vous, en tant que réalisateur, justement, vous vous dites tiens, bosser avec un mec comme ça, ça donne des idées justement, pour trouver autre chose. C'est pour ça aussi en fait que je ne suis pas un vrai réalisateur aussi, dans le sens où je me concentre sur la création de tout ça. J'adore la technique et je suis un geek total de la technique, ce qui fait que j'essaie de me tenir au courant de qu'est-ce qui se fait, comment ça se fait et pourquoi. Et donc j'essaye en fait de pousser le champ du possible, mais techniquement quoi. Après au niveau de l'histoire, j'ai un goût, mais alors qu'on me demande d'avoir et qu'on me demande de…

 

Sabry

Un goût pour la comédie assez prononcé.

 

Pierre

Oui, bah de savoir… Mais après, je ne prétends pas avoir raison, dans le sens où tout est problème, de toute façon. Si quelque chose n'est pas drôle, on vient vous voir, on vous dit mais alors comment on fait pour le rendre drôle ? C'est un enfer, il n’y a pas d'école pour ça. Donc après, c'est en discutant, aussi bien une discussion de café avecdes potes, de vous dire Et ça, si on faisait ça ? Non… Et si on faisait ça ?Non, je sais pas - et puis on faisait ça. Et puis ah oui, peut-être, on va essayer. C’est au fur et à mesure en fait. On a cette chance en animation où on n'est pas devant un acteur qui doit faire son truc tout de suite, on est devant un comédien très, très lent, qui passe par différentes étapes pour vous montrer un truc dans quelques semaines. Au pire, parce que des fois, ça se compte en jours, évidemment. Et parmi ces étapes, il y a ce qu'on appelle le blocking, où on peut voir l'idée générale de l’acting ou de la performance d'acteur, que vont avoir les personnages, relativement vite. Ce qui fait que vous, réalisateur ou directeur d'animation, ça donne des idées - On pourrait faire ci, et puis non, on fait ça et puis… Et puis alors là c’est le ping-pong. 

 

Sabry

Et puis là, à ce moment-là, vous pouvez faire intervenir Steve Carell justement, en disant Bah tiens regardes, qu'est-ce que t'en penses et est-ce qu'on peut réécrire ?

 

Pierre

On n’embête pas Steve Carell pour ça voyons.

 

Sabry

Non. 

 

Pierre

Non, lui en général ; alors soit on peut lui montrer des choses simplement pour lui dire Oh putain, on est super contents - et c'est vrai queen général, à chaque fois qu'on lui a montré des trucs, on lui a montré des trucs dont on était fiers. Et donc il était content, mais on ne montre pas des choses…Je lui montre des choses simplement si j'ai une idée qui sera dure à interpréter ou à vendre au producteur ; en lui disant Bah voilà, j'aimerais bien essayer ce truc-là, mais…

 

Sabry

Pour avoir un soutien potentiellement.

 

Pierre

C’est ça. Après, je ne veux pas lui mettre la pression non plus.

 

Sabry

Ouais diplomatie, c'est vraiment ça. Pour ceux qui veulent devenir réalisateur où réalisatrice et qui écoutent ce podcast. 

 

Pierre

Ce n'est que ça. 

 

Sabry

Ce n’est que de la diplomatie. Non, j'imagine que c'est beaucoup d'autres choses, mais c'est quand même assez important, c'est des skills à développer.

 

Pierre

Ah mais carrément, mais ça ne s’apprend pas à l'école non plus quoi. J'ai pas eu de formation de réalisateur moi en fait. J’ai fait les Gobelins pendant trois ans, et sorti de là, j'ai même pas… Quand je vois les films sortir là des différentes écoles en fin d'année, je me dis Oh la vache c’est dingue, comment ils font… Qui a fait… ?

 

Sabry

Ouais, c'est magnifique.

 

Pierre

Ouais, c’est incroyable. Là pour moi, eux ce sont des réalisateurs. Mais par contre, j'ai eu beaucoup de pratiques, c'est-à-dire que j'ai pratiqué avec plein de réalisateurs, j'ai vu ça avec plein de gens que j’adorais, et puis d'autres gens que j'aimais moins. Et en fait ça m'a donné tout un espèce de bagages presque naturel ; Quand on m'a demandé de faire ma première pub - et même là, on m'a un peu tenu par la main. Donc ça a été vraiment très graduel. Et même quand j'ai fait ma première pub, où j'étais plus royal ; ma première pub que j'ai fait avec Babette, la fille que vous avez vu tout à l'heure.

 

Sabry

Ah d'accord, ouais c'est marrant. 

 

Pierre

Même là en fait je m'étais dit Bah non, de toute façon c'est juste une pub. Et puis là maintenant, je vais continuer à faire mon métier d'animateur. Et en fait graduellement, j'ai eu de plus en plus de trucs de réalisation et c'est rigolo parce que…

 

Sabry

Et de projet en projet en fait, vous vous êtes construit à l'acte de réalité.

 

Pierre

Bah ouais, en fait quand j'ai fait ma première pub, quelques mois plus tard j'avais fait ma deuxième, et puis quelques mois plus tard machin. Mais les espaces entre les différentes pubs se réduisaient au fur et à mesure. Ce qui fait que, je me rappelle, des fois je faisais trois pubs en même temps. Mais encore une fois en animé, ça ne veut pas dire que… Donc c'est étalé tout ça sur des périodes vachement longues. 

 

Sabry

Oui mais vous n’avez pas chômé. Et si on devient un jour réalisateur de « Moi, moche et méchant », c'est pas pour rien quoi. C'est qu’il y a quand même énormément de travail aussi. 

 

Pierre

Ouais bah je sais pas, c’est qu’il n’y a personne d'autre de libre, j'imagine.

 

Sabry

Je reviens aussi sur les voix. Quelle modestie, il faut arrêter avec cette modestie. Je reviens sur les voix juste pour énoncer un peu le casting de rêve qu'il y a eu sur toute la série des Moi, moche et méchant et Les Minions. Donc Steve Carell et Gad Elmaleh, on en a parlé. Il y a eu Kristen Wiig aussi.

 

Pierre

Géniale.

 

Sabry

Superbe, qui vient de SNL. 

 

Pierre

Ouais pareil, en impro, incroyable cette fille.

 

Sabry

Incroyable, ouais. Jason Segel, Jonathan Cohen, Audrey Lamy, Éric Cantona, David Marsais, Marion Cotillard et Guillaume Canet aussi, dans Les Minions.Sandra Bullock, Jon Hamm, Michael Keaton. 

 

Pierre

Jon Hamm, c'était génial, on fumait des cigarettes pendant les pauses et tout ça, c'était top. J’avais l'impression d'être dans Bad Men.

 

Sabry

Ouais, c'est le personnage principal de Bad Men. Donc c'est quand même assez important aussi la voix et le jeu dans un long métrage. 

 

Pierre

Ah mais c'est essentiel.

 

Sabry

Et Gru on peut l'entendre et hop tout de suite, on pense à ce personnage. Et de lui avoir donné autant de timbre et de couleur en même temps, c'est quand même fort quoi, c'est pas donné à tout le monde.

 

Pierre

En même temps, on est un petit peu dans… Alors nous, on est dans la comédie forte. Donc j'imagine qu’il ne faut pas faire ça dans toutes les… Je parle du domaine de l'animation en fait, parce que je vois des choses aussi qui sont très normales. Nous on est carrément dans la caricature, donc on est poussifs. Et j'ai envie de dire qu'on est géniaux dans la caricature. Par contre, ça ne veut pas dire qu'on serait bien dans le côté naturaliste…

 

Sabry

Mais il y a un autre comédien de voix, il s'agit de vous. Et ça c'est génial, c'est que les voix des minions, c'est vous qui les avez interprétés et encore aujourd'hui.

 

Pierre

Ben ouais mais parce que tout ça, c’était presque un accident en fait. Parce que sur le premier film, toujours par rapport à cette scène dont je parlais tout à l'heure, où Gru arrive sur scène et il y a tous les minions qui sont censés l’accueillir - On s'est dit mais à un moment donné, on voit dans les script, mais on ne se pose pas la question. On se dit bon bah voilà quoi, ils l'accueillent. Mais après, on se dit Ouais mais ils l’accueillent en faisant «Ah ! » ou « Eh !... », mais on ne sait pas comment… Et donc c'est là où on a commencé à réfléchir et puis à dire qu'il y avait peut-être un problème potentiel. Donc on a dit ça au producteur, le producteur… On a dit ça à ma productrice, parce que non seulement il y a Chris Melelandri, mais il y a aussi quelqu'un de très important ; puisque Chris Melelandri, lui, était auxÉtats-Unis, donc il lui fallait un espèce de contrepoids, enfin un équivalent en France. Et donc il a embauché une dame qui s'appelle Janet Healy. Et alors là, le CV de la dame en fait genre elle a bossé sur Rencontres du troisième type, 1941, Jurassic Park, Terminator 2, la totale quoi. Et donc un CV génial, et donc elle a atterri en France pour produire les films de Chris Melelandri. Et à un moment donné, je lui dis, Bon bah qu'est-ce qu'on fait pour Les Minions et tout ça, parce que… ?

 

Sabry

Il faut leur mettre une voix, il faut leur donner…

 

Pierre

Oui mais alors est-ce que c’est à nous, qu'est-ce qu'on… ? 

 

Sabry

Qu'est-ce qui est prévu ?

 

Pierre

Et alors ben je dis je sais pas, mais on va demander à l'ingénieur du sonde nous faire plusieurs propositions. Donc il y a des propositions qui nous sont arrivées qui étaient très, très mauvaises et c'était très trafiqué. Enfin ça sentait le…

 

Sabry

Robotique un peu.

 

Pierre

Ouais, complètement robotique. En fait on sentait le tiens, je vais apporter une solution technique à un problème qui n'a pas de solution technique en fait finalement.

 

Sabry

C’est organique, la voix c’est complètement organique.

 

Pierre

Exactement. Et donc là, c'est en réaction à ces propositions que je me suis dit Non, là je ne peux pas faire ça. Et je vais ; pour certaines de mes pubs, notamment pour Passion Pictures, j'avais fait des persos, mais à la voix pitchée en fait. Et je m'étais dit Bon bah je vais faire une maquette et puis juste pour lui montrer qu'en fait au-delà de la technique, il y a une manière de jouer qu'il faut réussir à avoir. Et donc je fais les tests sur des petites animations qu'on avait préparées et on le montre aux producteurs et les producteurs ont dit bon bah voilà quoi, c'est parfait.

 

Sabry

Ça marche.

 

Pierre

Ça marche, c'est toi qui vas les faire dorénavant, jusqu'à toujours. C’était il y a dix ans.

 

Sabry

Et en fait on ne comprend pas leur langue, on ne comprend pas leurs grands-mères, mais on peut ressentir tous leurs sentiments. 

 

Pierre

Leurs grand-mères ?

 

Sabry

Non leur grammaire. Excusez-moi, c'est mon accent du Sud qui pitch aussi.

 

Pierre

« On ne comprend rien à leurs grands-mères. »

 

Sabry

Et donc tout est dans le mouvement et en même temps dans ce qu'il raconte.On va écouter un petit peu ; là par exemple, c'est un des minions qui nous fait une prestation sur scène. 

 

Extrait Les Minions

[…]

 

 

Sabry

On peut faire des chansons en minions, c'est génial. Non mais ce qui est marrant, c'est qu’on voit qu'il y a des inspirations espagnoles, il y a des mots qui viennent de la cuisine italienne. 

 

Pierre

Ouais, c'est les contraintes de ma connaissance des langues étrangères, si vous voulez, qui gèrent la... Après, c'est juste l'intonation en fait. Alors là c'est une chanson, donc c'est autre chose.

 

Sabry

Dans les dialogues et tout, on comprend tout.

 

Pierre

Ouais, mais on comprend tout parce que c'est pas tant la signification du mot lui-même, mais la manière de le dire. Et après je peux dire n'importe quoi, et c'est ça qui est rigolo en fait.

 

Sabry

Et ça vous a développé… Est-ce que vous êtes capable de parler en minion ?

 

Pierre

Non, absolument pas. Non, je suis archi nul et alors là c'était un exploit par ce que je me suis dit - Là tout ça, ça vient d'une comédie musicale américaine, que j'ai vu à un certain moment de ma vie. Et je me suis dit putain, c'est absolument génial. Le débit déjà en anglais, machin. Et je me suis dit qu'un jour, je le ferais. Et donc je l’ai fait. Et puis en plus de ça, il y a un truc magique avec la voix des minions, c’est que j’ai l’impression que je chante bien en minion. Alors que dans la vie je ne chante pas spécial quoi, mais dès que je me transforme en minion, je vais dire ah putain la vache.

 

Sabry

Mais alors c'est une sorte d’auto-tune ? Enfin, c'est du pitch de votre voix.

 

Pierre

Alors c'est un peu plus compliqué que l'auto-tune. En fait techniquement, le pitch ne marche pas parce qu’on perd de la qualité. Et donc ce que je suis obligé de faire, c'est faire ma performance au ralenti et après accélérer.

 

Sabry

Ah d'accord.

 

Pierre

Et donc ça préserve toute la qualité de la bande-sonore, ce qui permet de pouvoir la triturer encore plus derrière.

 

Sabry

… un secret.

 

Pierre

C’est pas un secret, mais bon.

 

Sabry

En tout cas Les Minions, c'est rentré vraiment dans la pop culture. Alors il y a eu des collaborations avec Pharell, qui a écrit tout un son, qu'on vous laissera écouter, qui s'appelle Freedom. Les jouets, n'en parlons pas.

 

Pierre

Non, n’en parlons pas. Il y en a trop partout.

 

Sabry

Il y en a trop partout, mais c'est incroyable. Il y a des collaborations avec tout ce qui est possible en fait. C'est devenu une marque gigantesque, LesMinions.

 

Pierre

Ouais mais et même à la sortie… Le truc en fait, c'est que j'ai eu moi-même une petite overdose de la chose quand ils ont fait minion et que minion est sorti, je me suis dit mais ça ne peut pas faire du bien au film.

 

Sabry

Il y a trop de jouets partout.

 

Pierre

Oui mais ça peut pas faire du bien, c'est pas possible. Moi j'aurais pas fait le film en fait, j'aurais eu la réaction qu'ont eu pas mal de gens en fait.C'est de dire attends mais c'est juste un enfer quoi, ils sont partout. Et au bout d'un moment, quand vous voyez trop de choses tout le temps partout, en fait ça saoule, vous voyez. Et ce que je comprends parce que moi, encore une fois, quand je suis de l'autre côté du miroir, quand je vois certains Disney sortir et quand je me dis Oh là là, attends, invasion et au secours quoi - Tout ça pour un film que j'ai pas envie d'aller voir, mais que je vais aller voir parce que j'ai deux enfants en bas-âge et tout ça.

Sabry

Ouais, ça fait partie du volet promotion quoi. Mais moi je pense qu’il faut voir ça comme étant entré dans la pop culture. Je trouve ça génial. 

 

Pierre

Oui, certainement. 

 

Sabry

Par exemple, je prenais cet exemple-là parce que ça fait un peu la jonction entre les différents mondes. Ça c'est un des personnages dans Moi, moche et méchant, le premier. Vector, qui est un peu ce méchant qui détient le…J’ai oublié le nom. Bon, bref. En tout cas, il y a un Tiktoker qui fait des vidéos sur TikTok et qui à un moment, on lui a dit, Ah bah tiens, tu ressembles à Vector. Et donc il s'est créé un personnage, où il est Vector dans la vie.

 

Pierre

Ah la vache, j'avais pas vu ça, mon Dieu.

 

Sabry

Et c'est un jeune Français, d'ailleurs. Il s'appelle Tristan, et il a 6.8millions d’abonnés.

 

Pierre

Ah la vache. 

 

Sabry

Alors je ne sais pas s'il y a le son, mais c'est extraordinaire parce qu’en fait il s’est inventé le personnage de Vector.

 

Pierre

Putain mais c’est lui, c’est carrément lui.

 

Sabry

Donc vous irez voir son TikTok, c’est « it’s Vector prankings ». Mais c'est là où je veux signifier que voilà, quand on arrive à faire une brèche dans la pop culture comme ça, c'est quand même super fort quoi. Et donc je suis très heureux de vous avoir reçu sur le podcast parce que pour moi vous êtes un réalisateur…

 

Pierre

Ah c’est fini ?

  

Sabry

Ouais on arrive à la fin, ça fait un moment qu'on discute ensemble. Mais c'était un régal d'être revenu un peu sur cette œuvre-là, qui est une part importante de votre vie, puisqu’en tant que réalisateur… 

 

Pierre

Ah bah oui, ça se trouve c'était la seule. 

 

Sabry

Non, non, bah non. 

 

Pierre

Bon alors après la rencontre avec ma femme, mes deux enfants et tout ça quoi.

 

Sabry

Ouais, ils avaient pas de salopettes et pas tous jeunes, mais en tout cas c'est vraiment un plaisir de de rencontrer des gens qui nous procurent autant de plaisir. Parce que moi je me régale à voir Les Minions, je continue à les regarder et tout le monde au fond, petits et grands, se régalent avec ça. Et ça vient surtout parce que le film est bon quoi, à chaque fois c'est un régal. 

 

Pierre

On essaie, on essaie, des fois contre vents et marées, mais au final c'est toujours… Aller, je dirai acceptable en fait, mais bon. Après, quand on a le nez dedans, on ne sait pas trop en fait. J'aurais peut-être besoin encore de dix années supplémentaires en fait pour savoir si c'est bon ce que j'ai fait, ou pas. Enfin ce qu'on a fait, mais bon, on verra.

 

Sabry

Moi je vous le dis, c'est bon. Ce que je voulais dire aussi, c’est est-ce que vous avez un conseil à donner ? Parce que vous êtes sortis desGobelins, vous avez fait des études d'animation et tout. Il y a plein de gens qui rêvent d'être réalisateur un jour, de film d'animation et surtout de films comme ça, grand public. Un conseil que vous auriez ? 

 

Pierre

C'est marrant parce que…

 

 

Sabry

On vous pose souvent cette question ?

 

Pierre

Non, je sais pas si on me la pose souvent, mais c'est vrai que après je passe pour un abruti ou un vieil abruti, parce que je sais pas, j'ai commencé en fait ; quand je suis sorti du bac, je me suis dit je veux être réalisateur. J'avais aucun moyen d'être réalisateur ; je parle de financier quoi. Et je me suis dit je vais faire une fac de cinéma. J'ai fait ma fac de cinéma et en la faisant, je me suis dit mais jamais je ferai du cinéma juste en regardant des films, en faisant des dissertations sur pourquoi un film est bien ou pas. Et là, je suis parti à l'armée. Et c'est là où j'ai rencontré quelqu'un qui m'a dit que Bah si tu dessines, si t'aimes l'animation- j'adorais l’animation - tu devrais te renseigner à cette école-là, lesGobelins. Et il y a peut-être des journées portes ouvertes et tout ça. Je suis allé à la journée portes ouvertes. Non, j'ai rencontré ; la personne travaillait dans un studio qui s'appelait Pixibox et quand j'ai vu plein de gens travailler derrière leurs ordinateurs avec des stylets, je me suis dit c'est ça que je veux faire, c'est ça que je veux faire. 

 

Sabry

Coup de cœur, trop bien. 

 

Pierre

J'ai su, là il n’y avait plus de doute en fait. J’ai su que c'était ça que je voulais faire et je voulais être animateur et je voulais être une des personnes qui tenait le stylet. Mais je ne voulais plus être réalisateur, pour moi c'était fini quoi.

 

Sabry

C’était déjà juste être là, derrière.

 

Pierre

Ben c'est ça quoi. Et donc au fur et à mesure, c’est venu quoi, mais bon, voilà. 

 

Sabry

Restons tous passionnés. Un grand merci d'avoir accepté mon invitation.

 

Pierre

Avec plaisir.

 

Sabry

Franchement, c’était un vrai plaisir. Nous arrivons à la fin de ce podcast.Merci aux auditeurs et auditrices de nous avoir écouté jusqu'au bout et merci de partager Animashow à vos proches, à vos amis et à vos collègues. Si vous voulez savoir qui vont être nos prochains invités, connectez-vous sur Instagram, notamment @Animashow.France. Et j'ai envie de dire à bientôt, banana, lasagna !

 

Pierre

Oh.

 

Sabry

Aller, un petit.

 

Pierre

Oh non je peux pas, je peux pas.

 

Sabry

Merci.

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