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Julien Villanueva - STUDIO CIRCUS 

Sabry

Pour ce nouvel épisode, j'ai le plaisir de recevoir Julien Villanueva, cofondateur avec Jérôme Bacquet du studio d'animation 3D d'effets spéciaux Circus. Bonjour Julien.


Julien

Bonjour, enchanté, merci.


Sabry

Comment ça va aujourd'hui ?


Julien

Très bien, très bien, à fond.


Sabry

Journée de match pour l'Euro.


Julien

Hyper importante, oui.


Sabry

Oui on est en 2021 en plein Euro.


Julien

Vont-ils nous faire du beau jeu ? On en reparlera plus tard.


Sabry

On verra bien. Avec Circus, qu'est-ce qui vous plaît dans l'animation, que vous n'avez pas trouvé dans les effets spéciaux et la VFX ?


Speaker 2

Eh bien, c'est une belle question ça. Dans les VFX, en fait je pense que c'est une relation à l'œuvre d'abord. C'est-à-dire que quand on fait des FX, on n'est pas forcément intégré dans la narration autant que on peut l'être dans l'animation. Quand on fabrique de l'animation, on a un contenu qui est je dirais beaucoup plus vaste, riche. Et puis on vient dans l'animation, pas pour une seule petite partie du projet. Pour les effets spéciaux, bah voilà, vous avez un tournage, il y a des acteurs, le tournage se fait. C'est vraiment le cœur, l'essentiel de l'œuvre. Et puis ensuite, nous on vient derrière au VFX pour pouvoir agrémenter à un moment donné telle partie. Alors ça peut être narratif, un dragon ou une explosion peut être narrative, évidemment. Mais en ce qui concerne l'animation, on ne va pas segmenter toutes les tâches.


Sabry

Vous êtes là de A à Z.


Julien

Voilà, donc quand on vient nous voir, en fait on est investis dans l'œuvre, directement, et c'est ça qui nous plaît. Donc après, on a des coups de cœur et c'est plutôt comme ça qu'on marche et qu'on fonctionne. Et on a eu de la chance jusqu'à présent, effectivement.


Sabry

Alors, ça a été créé en 2008 avec Jérôme, justement.


Julien

Tout à fait.


Sabry

Et ce qui est étonnant dans cette histoire, c'est que vous êtes tous deux graphistes en fait initialement.


Julien

Oui, on est des boss graphistes au départ.


Sabry

Et qu'est-ce qui vous a motivé, justement, à passer de graphiste à être entrepreneur ? Parce que c'est une autre facette.


Julien

Oui c'est une autre démarche, mais c'est vrai que... Je ne peux pas parler pour Jérôme, mais je pense que ça doit être à peu près la même chose ; mais en ce qui me concerne, c'est un désir que j'avais depuis toujours, être autonome un jour. Alors bien sûr, il y a plein de contraintes, mais il y a une forme de liberté, d'excitation, d'être dans l'eau froide. Enfin moi ça me motive beaucoup et...


Sabry

L'eau brûlante parfois, ce n’est pas que l'eau froide. (Rires)


Julien

Mais non mais c'est génial de se dire que ben voilà, à un certain moment, on se retourne et puis on se dit "Ben tiens, en fait on a fait ça". Et puis tu regardes tes mains et tu te dis "On a démarré de rien". Avec Jérôme on a démarré à deux, on a acheté deux bécanes, on a travaillé, on a commencé dans son appartement.


Sabry

C'était quoi votre premier contrat ? Tu t'en souviens ?


Julien

Oui, c'était une pub pour "M'T dents", avec Vincent Lobelle en réalisateur. Il y avait Partisan Midi-Minuit, qui était le producteur. Et c'était une publicité.


Sabry

Très bien.


Julien

Oui, c'était génial.


Sabry

Donc c'est ce qui vous a mis un peu le pied à l'étrier de démarrer là-dessus.


Julien

Absolument. Et oui, et d'ailleurs on était à Annecy et on a retrouvé Jean Gab', qui était le producteur de l'époque -


Sabry

Ah oui ?


Julien

Qui nous avait mis là-dessus et qu'on a encore remercié. La dernière fois on lui a dit "Ah mais c'est toi qui nous a mis le pied à l'étrier".


Sabry

Mais c'est important, c'est ces gens effectivement qui sont là dans les débuts des entreprises.


Julien

Oui c'est des rencontres.


Sabry

Et souvent quand c'est des succès, d'aller remercier, parce que le karma c'est ça quoi.


Julien

Oui tout à fait, absolument.


Sabry

On vous aide. Et justement, donc vous avez démarré à deux. Ensuite, vous êtes monté à 15 et ensuite à 50. Et puis aujourd'hui, vous êtes quasiment 150, c'est ça ?


Julien

Non, pas du tout non, tu exagères.


Sabry

Non mais selon les projets ?


Julien

On est plutôt aux alentours de 80-90.


Sabry

D'accord, OK, c'est déjà énorme.


Julien

Oui, c'est déjà beaucoup. Et en fait évidemment, les évolutions de boîte ça pose vachement de soucis et ça pose question tout le temps. Donc avec Jérôme, évidemment... En fait on s'est toujours dit qu'on voulait maîtriser notre croissance, et donc aller pas par petit pas, petit à petit, pour ne pas être pris dans un flot non maîtrisé et puis juste êtres avides de croissance pour être avide de croissance et faire du business pour faire du business. En fait ça ça ne nous intéresse.




Sabry

Parce qu'il y a quand même d'autres exemples de studios 3D, de VFX, mais aussi d'animation, comme Illumination Mac Guff ou... Il y en a d'autres, Mikros, qui ont grossi énormément. Vous ce n'est pas forcément l'intention, en tout cas pas à ce stade.


Julien

Alors quand tu parles de ces boîtes-là, elles sont quand même historiques. Donc nous si tu veux, si on devait se comparer, il nous faudrait rattraper le retard, etc. Oui, après ils ont été à des moments particuliers et ils ont vécu une évolution du milieu de l'animation en France de façon spécifique. Après Illumination ou Mikros, ce n’est pas les mêmes modèles non plus. Il y en a qui produisent, y'en a qui ne produisent pas, ou peut-être-bientôt, mais en tout cas ils n'ont pas le même modèle. Nous, on se situe dans un schéma on va dire... En fait on a une structure qui pourrait ressembler à une très grosse boîte, grâce à nos outils internes. Donc ça nous donne beaucoup de force, de puissance au niveau du pipeline, des outils à ce niveau-là. Mais on veut rester dans une maîtrise, on va dire humaine, une taille humaine.


Sabry

À échelle humaine.


Julien

Oui, à échelle humaine. Vu qu'on n'est pas des gestionnaires à l'état brut, des costards cravate, comme je pourrais dire. Ce n’est pas méchant.


Sabry

Non, non.


Julien

On est graphistes, on est encore dans le cœur du sujet avec Jérôme. Et donc on aime bien maîtriser les projets, être sur chaque projet. On les suit, on est à des réunions internes artistiques, évidemment au niveau de la pré-pro du lancement des projets, pour donner les orientations stratégiques de développement d'outils ou comment on va le fabriquer. Et donc du coup, pour pouvoir se permettre ça, il ne faut pas qu'on grossisse non plus et qu'on explose totalement.

Et puis c'est une question de plaisir. Qu'est-ce que tu as envie de faire de ta vie professionnelle ? À un certain moment, est-ce que j'ai envie de gérer des data ou est-ce que j'aurais encore envie de coller à l'image et développer...


Sabry

Je trouve ça très inspirant justement de vouloir garder le stylet, d'être assez proche des créations pour ne pas se laisser embarquer.


Julien

Alors on a de moins en moins de temps pour le faire.


Sabry

Oui évidemment, vous avez plus de management, plus d'enjeux.


Julien

Mais du coup ça permet d'être proche des projets, des réalisateurs qui viennent nous voir aussi. On est là quoi, physiquement on est vraiment là.


Sabry

Circus a démarré avec la publicité, tu le disais. On a quand même en tête des publicités assez iconiques. On avait Oasis à l'époque, les fruits qui prenaient vie sur nos écrans. Ça c'était vous dans les débuts, qui avaient travaillé sur cette œuvre-là. On va regarder la publicité parce que ça rappellera des souvenirs aux auditeurs et aux auditrices.


Publicité Oasis

[...]


Sabry

C'est vachement innovant de faire travailler une marque sur quelque chose... Un univers comme ça, on va parler des fruits. Alors je ne sais pas s'il y avait une agence créative et tout, c'était très malin.


Julien

Oui, il y avait une agence.


Sabry

Alors le rendu que vous avez réussi à faire, c'est fabuleux. Là il y a un petit plan, mais on n'imagine pas la complexité de la chose, de la mangue qui se retrouve derrière le verre. Donc avec l'effet loupe plus l'eau, ça c'est...


Julien

En fait ça c'est un bon exemple pour nous, parce que là on couplait notre expérience des VFX avec l'animation. Donc notre maîtrise des tournages, des effets spéciaux d'hiver... Et puis la création de personnages et l'animation. Et c'est vrai que c'est quelque chose qui fait qu'on a une palette très large, c'est-à- dire qu'on sait faire du super réalisme. Et puis, on peut aller jusqu'au cartoon. Aujourd'hui on a vraiment toute cette palette. Alors il faut qu'on la complète plus avec de la 2D parce qu'on n'a pas vraiment de pipeline 2D.  On en a déjà fait, des petites animations quoi. Mais voilà, ça il faudrait qu'on le complète pour pouvoir être totalement riches dans la palette la plus large.


Sabry

Ça c'est vraiment le côté entrepreneur. Il faut qu'on continue à essayer...


Julien

Non mais c'est vrai que la 2D c'est génial parce que quand on parle d'animation, il n'y a pas que la 3D, la 3D est venue quand même plus tard. À l'origine, c'est quand même là 2D, le flip book, enfin voilà. Et ça, il faut qu'on y aille, c'est sûr. Et en plus il y a plein de formats différents qui nous intéressent.


Sabry

On y reviendra tout à l'heure. Mais sur justement, les récits publicitaires qui vous ont amené petit à petit à aller vers l'animation, il y a aussi eu Candy'Up, qui là était 100 % anime. Et je me souviens même de ces spots. On va en regarder un aussi parce que vous allez voir, c'est à la fois créatif sur le storytelling et puis franchement, c'est très beau. Encore une fois, on ne peut que saluer le travail.


Pub Candy'Up

[...]


Julien

Moi j'adore ce type de format. Et en fait, ça te forme à l'animation rapide et au petit format, quand tu fais de la publicité. Alors on n'était pas réalisateur ni producteur là-dedans, sur ces projets-là. C'était avec Passion Pictures et puis Laurent Nicolas comme réalisateur. Mais ce qui est génial, c'est que quand tu fais beaucoup de pub, à un moment tu es confronté à plein de personnages, tu vois que les agences réfléchissent les personnages d'une certaine manière. Si tu prends Oasis, ils ont développé très tôt les réseaux sociaux sur les personnages. Et en fait dans le monde de l'anime, ça commence -


Sabry

À venir.


Julien

À venir, mais je veux dire, il y a dix ans, les mecs d'Oasis réfléchissaient déjà à ça. Donc c'est vachement intéressant. Et une pub, c'est 30 secondes. Et les mecs en réalisation de pub, ils ont l'habitude de savoir raconter une histoire dans un format hyper petit. Aujourd'hui, tu vois Tik Tok, tu vois les réseaux et tout ça, les formats se réduisent, auraient tendance à se réduire. Donc c'est intéressant comme expérience.


Sabry

Oui, ce que tu veux dire par là, c'est que en s'inspirant finalement -


Julien

Oui, il y a beaucoup de choses à apprendre.


Sabry

De la manière dont ça se passe dans la pub, dans le storytelling et tout, il peut y avoir de plus en plus un pont vers l'animation, qui elle-même...



Julien

Oui, complètement.


Sabry

C'est intéressant ça.


Julien

Alors après tu es contraint, quand tu as un format hyper court, tu ne peux pas raconter un roman.


Sabry

Une tonne de choses. Mais tu peux avoir plusieurs formats hyper courts.


Julien

Absolument.


Sabry

Voilà, et avoir une cadence qui fait que ça reste très divertissant.


Julien

Tout à fait.


Sabry

Mais en tout cas, vous avez intelligemment pivoté à chaque fois. Passer de la publicité vers justement l'animation, les VFX, c'est quoi ? C'est un sens inné de l'écoute du marché ou c'est aussi... ?


Julien

C'est des bonnes rencontres, aussi. Alors c'est de la volonté, évidemment stratégiquement et par affinité. Historiquement on vient des VFX, mais voilà l'anime ça nous a toujours plu. Et puis oui, on avait envie de développer ça. On a beaucoup bossé avec Samuel Tourneux, qui est un ami et qui est réalisateur, qui avait aussi le désir, petit à petit, de passer de la publicité vers des formats plus longs. Nous c'était le cas. On a eu une histoire un peu parallèle et combinée.

Et puis avec d'autres opportunités au fur et à mesure, avec du réseau, eh bien on montrait qu'on était capables de faire pas mal de choses. Comme je te le disais, on a un pipeline assez fort et puis on est connu aussi pour ça. Et donc ça cadrait assez bien à des gros volumes. Tu vois, à une bascule qui est "Ben attends, Circus ils sont fors sur ça, ça, ça. On va leur confier peut-être la fabrication d'une partie d'un long métrage, puis ensuite un peu plus", etc.


Sabry

Vous avez gagné la confiance en fait au fur et à mesure.


Julien

Au fur et à mesure, mais on avait aussi une grosse expérience de pipeline assez costaud avant avec Jérôme.


Sabry

Bien sûr.


Julien

Et on a toujours voulu développer de toute façon du pipeline en interne, donc c'est quand même des forces qu'on a.


Sabry

Quand on parle de pipeline, ça correspond en fait à assembler plusieurs technologies, c'est ça ?


Julien

Non, ce n’est pas exactement ça. Un pipeline en fait tu vas avoir plein d'étapes de travail, tu vas avoir un workflow de travail. Le pipeline, c'est exactement comme quand tu imagines ; c'est la terminologie même ; c'est des tuyaux. Et donc tu vas connecter chaque étape de ton workflow avec des bouts de pipeline. Et donc, en général, il te faut du code, il te faut des choses, de l'automation, des outils particuliers. Chez nous c'est un outil qu'on a développé pendant des années.


Sabry

En interne.

Julien

En interne, et qui nous permet de travailler avec à peu près n'importe quel logiciel. Le logiciel tu prends du Maya, tu prends du Blender, tu prends autre chose, ça ne va pas changer notre colonne vertébrale.


Sabry

D'accord.


Julien

Donc on s'adapte vachement. Ces dernières années on a fait un moteur de rendu. Si je te donne cet exemple, on a fait du Arnauld, mais on a fait aussi du guérilla ou du Veyret, parce qu'il fallait s'adapter sur les différents projets. Donc en fait, on voit un projet venir, tu as un DA qui vient avec un désir ou une prod, ou un réalisateur qui ont tel type de sujet, ben on réfléchit avec lui, quel est à la limite le moteur de rendu qui correspond le mieux. En fait ça ne nous arrête pas.


Sabry

À quel moment vous décidez de son moteur de rendu ? C'est des mood boards, c'est quoi en fait ?


Julien

Non, mais c'est une discussion qu'on peut avoir sur les opportunités. Après, il y a un autre truc, c'est qu'il faut aussi prendre en considération le fait que sur des budgets français de fiction, tu es amené aussi à collaborer avec d'autres studios. Des fois, c'est cette collaboration en multi-sites qui fait que tu vas te dire Ben tiens tel studio ou tel studio ils ont peut-être Veyret ou ils ont Arnauld, ou ils ont machin, et donc on va s'arranger, on va faire le truc le plus adéquat, le plus malin aussi économiquement pour que le projet ne se fasse pas.

Sabry

OK.


Julien

Mais du coup, on s'adapte. Et puis c'est vachement intéressant parce que je pense qu'il faut être bouleversé régulièrement. Ça c'est un des trucs chez nous qui est important, c'est qu’on ne reste pas sur une techno. On essaye plein de techno différentes.

Sabry

Vous essayez d'être tout temps à la page quoi. Et puis ça va super vite en plus dans ce milieu.


Julien

Ça va super vite, mais c'est essentiel. Et puis, il ne faut pas s'arrêter quoi. Tu vois il y a Maya ; Avant quand on a démarré, on était sur Softimage, puis ensuite Softimage s'est fait racheter. Et là on regarde Blender. Blender est en train de prendre vachement d'ampleur.


Sabry

On parle souvent de Blender sur le podcast là, parce que ça a l'air d'être une technologie ; en plus elle est open source, donc ça peut contribuer, etc. En tout cas, vous avez fait de la publicité, mais on vient vous chercher aussi depuis la télé, sur certains documentaires et tout pour faire des images de synthèse. Récemment, vous avez travaillé sur Notre-Dame de Paris.


Julien

Oui c'est ça.


Sabry

En collaboration avec d'autres boîtes.


Julien

Avec SolidAnim.


Sabry

Oui, SolidAnim. On va voir des images pendant qu'on parle. Mais c'est encore un autre exercice que de travailler avec des sociétés de production type télévision ?


Julien

Oui. Vous voyez en fait les programmes, les problématiques sont différents. C'est-à-dire que là, dans la docu-fiction, tu es confronté à l'histoire. L'histoire elle t'impose, évidemment, un certain nombre de lieux, un certain nombre de personnages, ce que tu n'as pas en fiction.

Si en fiction à un certain moment tu as un producteur et un réalisateur qui viennent te voir en disant "Bah voilà, il y a 40 personnages..."


Sabry

Il faut qu'on fabrique ça.


Julien

Tu peux leur dire "Ben écoutez, il faut peut-être réduire un peu, parce l'enveloppe bon..." Là, dans le cadre de Notre Dame, t'enlève pas l'architecte, les gens qui l'ont porté, qui l'ont développé pendant des siècles.


Sabry

Puis les différentes étapes -


Julien

T'enlèves pas Viollet-le-Duc, t'enlèves pas Maurice de Sully, t'enlèves pas ces personnages-là, sinon tu ne racontes plus l'histoire. Donc la docu-fiction a une autre problématique. C'est vraiment que ça t'impose des contraintes narratives liées évidemment à l'histoire que tu vas raconter. Et donc, oui, les budgets ne sont pas les mêmes non plus. Donc en fait, ça demande d'être malin, d'essayer de voir comment tu peux fabriquer avec une économie qui est différente. Et donc, finalement, ces contraintes-là elles sont intéressantes parce que je pense qu’en s'y confrontant, on va trouver des solutions aussi pour d'autres types de formats.


Sabry

C'est là qu'on innove en fait.


Julien

Oui, tu innoves par la contrainte, en général.


Sabry

C'est là que tu es créatif.


Julien

Oui voilà. Donc on est très contents d'aller aussi sur ce type de sujet, pour ces raisons-là aussi.


Sabry

Et vous continuez à travailler pour des programmes de télé comme ça ?


Julien

Oui oui, absolument.


Sabry

OK. Je trouve ça bien d'avoir contribué à ça. En plus, bon ben il y a eu cet accident tragique à Notre Dame.


Julien

Qui apportait d'ailleurs le documentaire. Du coup ça devenait à propos ; alors nous on a été très touchés et très émus, puisqu'on était en plein dans la fabrication. Et tout d'un coup, tu vois notre dame qui brûle.


Sabry

Ah oui, donc vous étiez déjà en fabrication ?


Julien

Oui on était en fabrication, on était en phase de compositing.


Sabry

OK.


Julien

Et on sortait les images et puis là tout d'un coup tu as...


Sabry

Il y a eu un vent glacial dans le studio.


Julien

Oui tu es là, c'est fou quoi.


Sabry

Ah oui ça devait être spécial ça.


Julien

Oui c'était hyper émouvant et hyper dur en même temps. C'est vrai que... Voilà, tu travailles sur un monument historique, une œuvre qui a passé le temps et qui est en train de se détruire en quelques heures sous tes yeux.


Sabry

Et que vous vous êtes en train de construire en 3D.


Julien

Nous on était dans le projet depuis des mois, donc tu es dedans, donc oui, c'était assez difficile.


Sabry

Oui ça devait être une drôle de...


Julien

Oui, c'était étonnant.


Sabry

De toute façon, on est en train de s'en charger de Notre Dame, ce n'est pas quelque chose qu'on va laisser de côté. C'est quand même un superbe monument de notre histoire. En tout cas je voulais parler de ces effets spéciaux.

Et puis effectivement, petit à petit, vous êtes allés vers la fabrication de films et de séries d'animation parce que en gagnant la confiance, etc., on vient vous confier plus. Il y a eu cette œuvre LEGO City.


Julien

Oui, LEGO City Adventures.


Sabry

LEGO City Adventures. On parle de 2 saisons, 3 saisons ?


Julien

Alors là on démarre la quatrième.


Sabry

Quatrième saison, wow. Depuis le début c'est vous qui êtes à la fabrication ?


Julien

Oui.


Sabry

D'accord.


Julien

En fait il y a plein de séries Lego. Tu as les Ninjago et puis tu as les séries antérieures, qui étaient plutôt basées sur un style graphique très plastique, comme tu as pu le voir dans les films LEGO movie et tout ça, avec une animation qui était très blocking, vraiment très stop motion et tout.

Sabry

Oui c'était quasiment du stop motion.


Julien

Oui oui oui

Sabry

Ça faisait saccadé, pas très agréable à regarder.


Julien

C'était très...


Sabry

Un peu énervant, oui.


Julien

Nous c'est Passion Pictures qui est venu nous voir pour faire le test graphique, pour développer la DA de ça au départ.


Sabry

Alors Passion Pictures c'est eux qui détiennent les droits de... ?


Julien

Non, c'est la prod qui est en contact avec Lego. C'est la maison de production qui a fait appel à nous, donc pour pouvoir développer le look avec eux et proposer une solution graphique à Lego. Et c'était une compétition, donc voilà, avec eux on l'a gagnée. On était hyper contents. Du coup on a rencontré les gens de Lego, c'était une expérience passionnante.


Sabry

C'est au Danemark Lego ?


Julien

Oui c'est au Danemark. On s'est déplacé, on est allé les voir, ils nous ont accueilli et tout, c'était génial.


Sabry

Parce qu'il faut savoir que Lego c'est de 1932, elle est hyper vieille cette société.

Julien

Ah oui oui, c'est une marque incroyable.


Sabry

Et c'était un charpentier Danois justement, qui pendant la crise voulait faire des jouets en bois.


Julien

Ben quand tu arrives chez Lego ; enfin nous voilà en tant qu'entreprise ; tu passes par leur musée interne. Ce n’est pas un musée public, c'est un musée interne, pour te faire comprendre l'ADN en fait de Lego. Mais c'est passionnant en fait. Tu peux penser que c'est corporate, etc. Mais ça l'est, et puis c'est important en fait de savoir pour qui tu bosses, pour pouvoir aller plus loin, retranscrire leurs idées, leur ADN, etc. Et puis tu es là pour les porter, tu es là pour apporter une nouvelle image. Donc c'est bien et c'était assez génial. Et là tu vois l'histoire, effectivement, de ce charpentier qui subit la crise de 29, et puis tout d'un coup, il se retrouve avec des billes de bois et il en fait des jouets.


Sabry

Mais après il a un incendie, donc du coup il se rapproche des nouvelles technologies comme le plastique.


Julien

Voilà, du plastique Injecté, des trucs comme ça.


Sabry

Après il invente la brique en 1955.


Julien

La brique, oui.


Sabry

Un petit picot qui permet hop de...


Julien

Qui s'emboîte encore sur celle d'aujourd'hui.


Sabry

Ah ça je ne savais pas.


Julien

Ah non c'est des fous furieux de la qualité.


Sabry

Mais tu sais que c'est une des boîtes les plus... On arrêtera avec Lego, mais c'est une des boîtes les plus connues dans le monde. On va inviter le fondateur. Rire. Et même, la valeur de la marque Lego est hyper forte. Elle était au-dessus de Disney et de Apple à une époque.


Julien

Oui, ce n’est pas étonnant.


Sabry

Et c'est dingue de se dire que ça tient aussi bien. Du coup, ils sont vachement exigeants j'imagine quand vous allez les voir et que vous leur dites...


Julien

Oui, la qualité fait partie vraiment de leur moto, c'est vraiment l'ADN de Lego. Ils ont fait, ce que je trouve très intéressant quand même ; mais après on arrêtera avec Lego. Mais c'est qu’au niveau de la ligne éditoriale, c'est vachement intéressant.

Quand on a vu arriver les scripts de la saison une, c'était génial, ils étaient dans la continuité de Lego Movie. Et Lego Movie, il y a de l'autocritique. Quand t'as la chanson "Tout le monde est parfait", etc.


Sabry

Oui.


Julien

J'adore. Enfin je trouve ça malin, puisqu'en même temps, tu fais de l'entertainment, mais il se moquent d'eux-même. Ils jouent avec tout ça, ils n'hésitent pas et c'est pas frileux. Donc c'est hyper motivant dans ces cas-là de faire de la création.


Sabry

Ils ont des scénaristes qui sont basés en Californie, c'est ça ?


Julien

Oui, c'est ça.


Sabry

Oui qui ont l'air d'être assez bons et tout.


Julien

Oui ils sont très très bons.


Sabry

Et est-ce que tu en as parfois en contact ? Vous avez du contact par moments ?

Julien

Alors oui, au début de chaque saison on rencontre l'équipe.


Sabry

OK. Et du coup, ça donne une certaine liberté de ton sur...

Julien

Alors eux l'ont, après nous on trace pour fabriquer les choses. Mais c'est génial de bosser sur des sujets comme ça.


Sabry

J'avais vu que vous vous étiez inspiré un peu de Lego par la modularité en fait.


Julien

Absolument oui, tout à fait.


Sabry

Pour vous-mêmes construire vos props, tous les éléments qui vont construire la vie.


Julien

Exactement.


Sabry

Tu peux nous en parler un petit peu ?


Julien

Mais en fait, quand on a abordé le sujet, quand on a su qu'on faisait Lego, enfin qu'on avait gagné la compétition avec Passion Pictures, on trouvait intéressant de se poser évidemment la question de "C'est quoi Lego ? Tu te bases sur quoi ?" Alors évidemment tu as les figurines, tu as la couleur jaune, tout ça, puis tu as la notion de stickers. Donc en fait, ce qui est complètement génial, c'est que tu as un seul corps et ensuite t'as des stickers qui définissent la personnalité du personnage ou le caractère. Enfin la caractéristique, ça peut être un flic, ça peut être un pompier.


Sabry

Un pirate.



Julien

Un pirate, ça peut être un homme ou une femme. Parce qu'en fait le body/le corps, c'est le même. Les hanches sont dessinées dans le sticker, c'est tout. Et après, tu as les expressions du visage ou les petits détails du visage. Et puis tu as les cheveux. Donc ça c'est pour les personnages. Tu te dis mais c'est incroyable cette dimension, cette richesse que t'offre un design unique.


Sabry

Oui.


Julien

Et ça ça fait réfléchir quand même pour plein d'autres choses, pour des séries et tout. Ça c'est un point. Et après, sur la cité, en fait sur la ville, tu te dis d'accord, mais finalement pourquoi ne pas s'intéresser à la fabrication des Lego, à leur ADN, la façon dont ils modulent les choses. Et on s'est dit OK, ben essayons de faire en sorte que notre ville, quand on la génère, elle soit modulaire, pour pas pouvoir la créer forcément de toutes pièces à chaque fois, mais de penser à des quartiers de la ville, à chaque quartier divisé par petits blocs, qui contiennent des unités définies. Et en fait après, on génère cette ville de façon quasi automatique. Mais en fait on a réfléchi tous les rez-de-chaussée. Ensuite, les premiers étages qui sont plus compliqués, plus les rooftop.


Sabry

C'est génial.


Julien

Et donc après on génère ; donc elles n'existent pas physiquement, on ne peut pas la sortir, mais pour un épisode, on génère un quartier qui apparaît au moment où on le calcule.


Sabry

C'est trop bien.


Julien

Et on expliquait cette techno, enfin cette façon de travailler à Lego.


Sabry

Ça raisonnait avec eux.


Julien

Ben oui ça résonne, parce que du coup tu dis ben tiens, le mec il s'approprie le côté modulaire de la brique et de leur système. De toute façon, il y a aussi une chose qu'on a fait pour Lego et qui était importante, c'est la question d'échelle. C'est con, mais quand tu regardes le monde de Lego, c'est des questions de taille de boîtes et de choses de ce type. Mais quand tu fais un building, que tu achètes un building de Lego, tu vas avoir un ou deux étages.


Sabry

Oui ce n’est jamais très haut.


Julien

Nous on voulait faire une ville. Donc l'idée, c'était de s'approprier OK le rez-de- chaussée, mais après on duplique autant qu'on veut.


Sabry

On peut faire un gratte-ciel si on veut.


Julien

Exactement. Et Donc, c'était dans cette idée de mettre la ville à une échelle beaucoup plus grande que ce que proposent les jouets, et se détacher des jouets. Et quand tu regardes les voitures, c'est la même chose. Des fois tu as des voitures avec des petites roues parce que c'est des camions, ou des fois tu as des véhicules avec des grosses roues.

Sabry

Ou monoplace.


Julien

Où tu as qu'une place, oui voilà. Donc en fait on a harmonisé toute la ville pour qu'elle soit réaliste dans le monde Lego.


Sabry

D'accord.


Julien

C'est-à-dire qu'en gros tu as 2 places. Tu as 4 places même, avec places arrière, etc.


Sabry

Puis ça sert le propos, ça sert l'histoire.


Julien

Complètement. Mais alors du coup, tu as quelque chose de cohérent visuellement. Les véhicules sont à la taille des personnages et ce genre de choses, et c'est assez génial.


Sabry

Ça doit être un exercice créatif assez dingue.


Julien

Oui oui.


Sabry

Vous avez passé longtemps, justement, sur cet aspect de "On définit les props et tout" ?


Julien

Oui, on a passé six mois à peu près pour développer. Bon alors il y avait du développement de pipeline assez spécifique. Mais c'est vrai que pour le look, retaper un peu tous les véhicules, etc. Et puis l'idée ce n'est pas de faire des jouets pour Lego, c'est de faire de l'histoire. Donc quand tu as ces séries-là, c'est...


Sabry

Et vous avez utilisé deux technologies. La première pour générer des foules dans cette ville dans laquelle se passe la scène.

Julien

Il y a pas mal de foule oui, je connais peu de séries qui ont autant de foule que ce qu'on fait et c'est énorme.


Sabry

C'est Golaem que vous utilisez, c'est ça ?


Julien

Oui c'est Golaem.


Sabry

Golaem c'est ce qu'a utilisé Lord of the Rings/Le Seigneur des Anneaux, non ?


Julien

Je ne sais pas, peut-être.


Sabry

Il me semble, pour certaines scènes.


Julien

Je ne crois pas.


Sabry

Non ?


Julien

Non, enfin il faut que tu voies avec les mecs de Golaem. Mais en tout cas, une des choses importantes qu'on a développés, c'est la foule.


Sabry

D'accord.


Julien

Aujourd'hui, quand tu vois une série 3D, tu ne vois quasiment personne dans les rues.


Sabry

Non.


Julien

Nous on a mis du monde partout. C'est-à-dire que de base la foule tu as des gens dans les rues qui se baladent, sur tous les trottoirs. Donc ça c'est une foule de base, on en met partout.


Sabry

D'accord.


Julien

Plus ensuite tu as des foules qui sont jouantes, c'est-à-dire qu'en fait elles sont narratives. Tu vois le storyboard, il y a, je ne sais pas moi, le maire qui est devant la foule sur Center City Square et qu'ils l'applaudissent. Bon ça c'est une foule jouante spécifique. Donc pareil, on en met...


Sabry

Et après vous shootez à l'intérieur en fait de cette... C'est comme si vous aviez un studio.


Julien

Oui, en quelque sorte, tout à fait.


Sabry

Super intéressant. Et pareil pour les visages. Parce qu'en fait il y a une partie 3D et tout ce qui est éléments volume, et il y a une partie 2D qui sont les visages.


Julien

On a designé toutes les décalcomanies pour tous les phonèmes, toutes les labiales et toutes les expressions diverses et variées.


Sabry

C'est un travail monstrueux tout ça.


Julien

Oui il y a énormément de calques différents.


Sabry

Bon ben tant mieux. En tout cas c'est une histoire qui se passe bien, vu qu'on en est à la quatrième saison.


Julien

Oui, tout à fait.


Sabry

Bravo pour ça.


Julien

On est contents.


Sabry

Et puis franchement, c'est étonnant de se dire qu'en plus c'est une série qui est diffusée à travers le monde. Donc que ça soit fabriqué en France, je trouve que c'est une belle fierté.


Julien

Ben au départ c'est Nickelodeon qui a permis la diffusion.


Sabry

OK. Et oui évidemment ceux qui le distribuent ensuite. Super, ben voilà donc je voulais parler de Lego. Et petit à petit aussi ; enfin ce n'est pas petit à petit parce que vous avez déjà fait un pas là-dedans ; faire de longs métrages.


Julien

Oui tout à fait.


Sabry

Vous avez fait Croc-Blanc à l'époque. Et là la nouvelle on va dire, ou en tout cas la chose récente, c'est "Le Tour du monde en quatre-vingts jours".


Julien

Oui.


Sabry

On a reçu sur Animashow David de Cottonwood, qui me parlait - ben justement, il était super excité de faire naître ce projet, qu'on voit ici. Moi je trouve ça génial, faire un long métrage fabriqué en France avec une coproduction française. C'est même Canal+ et Cottonwood, me semble-t-il. Et c'est vous qui avez été à la fabrication, aux manettes de la fabrication.


Julien

Alors pas que, on était en partenariat avec Mac Guff line Belgique.


Sabry

OK. Sur quoi ils sont intervenus eux ?


Julien

En fait on s'est partagé pas mal ; c'est assez particulier comme répartition et c'était plutôt vachement intéressant. Par rapport à Croc-Blanc, en fait c'était défini avec des étapes extrêmement spécifiques.

Là on a essayé de faire en sorte qu’avec des répartitions différentes en termes de pourcentage, mais d'essayer de faire un peu de tout quoi, histoire de voir comment on pouvait combiner nos pipeline et voir comment on pouvait discuter. Après, c'est vrai qu'on a développé particulièrement les personnages. Et puis on a fait le layout, la grosse partie artistique du layout, puisque comme on était situés à Paris, que le réalisateur Samuel Tourneux était à Paris, c'était vachement plus simple et cohérent de l'accompagner dans la traduction du storymatic.


Sabry

Storymatic... ?


Julien

Storymatic 2D. Donc hop, le mettre en layout avec lui, dans les espaces, avec nos personnages qui étaient en train de se fabriquer.


Sabry

Tout ça sous les années Covid en plus, 2020-2021.


Julien

Oui, alors il y a eu gilets jaunes, grèves, Covid sur ce projet, c'était assez chaud, mais on a réussi à le faire. Donc on est plutôt contents. Et puis on était aussi au départ ; on a travaillé très tôt avec Cottonwood, Zoé, David, Cécile, avec évidemment Samuel et puis Matthieu Vavril sur la DA. C'est-à-dire que en fait on avait fait un petit pilote ou un petit teaser pour eux un an et demi avant.


Sabry

Ce qui leur permet aussi à eux de démarcher finalement.


Julien

Absolument.


Sabry

Voilà, c'était à quoi ça ressemblait et tout ça.


Julien

Tout à fait. Elle n'était pas aboutie à 100 %, mais on était quand même très proches.


Sabry

OK.


Julien

Et du coup, avec la maîtrise de l'image et de tout ça, ça a été vraiment passionnant. Ce qui est vachement intéressant dans ce projet je trouve ; il y a énormément d'aspects qui sont géniaux, mais il y en a un que je trouve qui ressort et qui est vraiment saillant, c'est la qualité d'image. C'est-à-dire qu'en fait tu te retrouves avec... Il y a vraiment une question qui se pose souvent en France sur les budgets français. Évidemment, on est en confrontation avec les Etats-Unis.


Sabry

En gros en France on fait un film à 10-15 millions maximum, alors qu'aux Etats-Unis, ils sont à 150 millions.


Julien

Oui, par exemple. Bon mais c'est un sujet.


Sabry

Oui, tout à fait.


Julien

C'est un sujet. Et évidemment, le budget il se ressent à l'image à certains moments. Ou alors les Américains sont débiles quoi.


Sabry

Oui.



Julien

Bon, ce n’est pas le cas. Donc c'était hyper intéressant de se dire "OK, comment on va développer un look tous ensemble, où l'économie ne se sente pas à l'image ?" Parce que des fois t'as des trucs tu te dis "Bon d'accord j'ai compris, c'est un film Français".


Sabry

Oui ils n’ont pas mis le paquet parce que tu ne peux pas mettre le paquet.


Julien

Mais c'est parce que c'est comme ça, le budget il est comme ça, le territoire français il est de ce type. Bon donc voilà, on ne peut pas arriver à avoir 100 millions ou 40 millions quand on ne peut pas. Enfin je veux dire notre territoire il est comme ça.


Sabry

Je ne perds pas espoir.


Julien

Oui non, mais bon.


Sabry

Avec le divertissement qui s'internationalise.


Julien

Mais la vraie question, pour moi ; et ça fait de longues années que je trouve que c'est un sujet passionnant. C'est comment on définit, comment on développe une imagerie française. Ce n'est pas pour être français cocorico. À la limite je te dirais européenne. En fait ce qui se démarche des Pixar, des Dreamworks et de tous ces trucs-là, c'est bon on les a vus. À chaque fois que tu retrouves un film français - Pourquoi on y met toujours un film américain ? Pourquoi toujours le même type de design ou essaie de faire du pseudo-réaliste. On n'a pas les thunes pour le faire.




Sabry

Made in France tu veux dire, un truc bien... Une image en fait par laquelle on comprend que ça vient d'Europe.


Julien

Eh bien on reparlait des contraintes, voilà, une contrainte majeure, c'est le budget. Enfin je veux dire c'est tellement énorme, c'est tellement évident. C'est le cœur de n'importe quel projet. Ne rivalisons pas toujours avec l'imagerie américaine, ça ne sert à rien, on se prend un mur. Enfin tu ne peux pas. Donc essayons de trouver une imagerie peut-être 2D-3D, des choses innovantes, prenons plus de risques quoi.


Sabry

Et c'est ce que vous avez fait avec ce film.


Julien

Moi je trouve que oui, il y a quelque chose qui est vraiment chouette. Alors on a mixé ; donc on est plus 2D/3D que 3D pur, déjà, d'une part. Et puis ensuite, il y a des effets spéciaux 2D. Tu vois, le parti pris, ça n'a pas été de se dire OK, bah quand il y a de la fumée, ça va être de la grosse artillerie 3D, etc. Non.


Sabry

Vous avez mélangé quelque chose.


Julien

Oui.


Sabry

On va regarder la bande annonce, comme ça tout le monde se fait une idée.


Bande annonce Le tour du monde en 80 jours

[...]

Sabry

Le 4 août 2021, donc si vous entendez et regardez cette émission, allez-y, foncez pour voir cette œuvre. Donc ça a été annoncé à Annecy à l'avant-première. C'est vrai que c'est très beau et c'est "Le tour du monde en 80 jours", donc il y a eu énormément de décors...


Julien

Décors à développer, personnages. Oui, tout à fait.


Sabry

Et ça c'est une contrainte additionnelle en fait ?


Julien

Oui ben là pareil, tu es sur un sujet qui traite l'œuvre de Jules Verne. Alors on en est quand même loin.


Sabry

Oui, c'est inspiré de l'œuvre de Jules Verne.


Julien

Elle est très largement interprétée et adaptée pour une tranche d'âge quand même assez jeune. Mais effectivement, elle t'impose quand même de passer par plein de décors différents, plein d'ambiances lumineuses différentes, etc. Donc pareil, tu te retrouves confronté à des sujets de ce genre. Et puis voilà, il faut se lancer, il faut y aller. Et puis si tu n'y mets pas ton cœur, tu n'arrives pas à faire des choses ambitieuses comme ça et tu ne relèves pas des défis. Donc l'idée chez nous aussi, c'est de motiver un peu tout le monde pour pouvoir suivre et puis "y aller et se dire "Bon bah voilà" ; faire des groupes de travail pour dire « Mais comment est-ce qu'on peut faire autant de personnages ? Qu'est-ce que tu proposes ? - Ben tiens on peut avoi cette méthode. »


Sabry

Ces brainstormings spontanés, ils sont fructueux ? Il y a des idées qui... ?



Julien

Ben on travaille beaucoup en équipe en interne. C'est vachement important pour nous, oui.


Sabry

Et Cottonwood était impliqué aussi du coup sur cette partie-là ?


Julien

Bah eux ce qui les intéresse, c'est que le projet se fasse. Alors évidemment, nous on leur ramène quelques contraintes, forcément. Le but de toute façon dans toute création en général, ton producteur et ton réalisateur, ils arrivent avec des idées extraordinaires. Et à nous de suivre le challenge, mais forcément à un moment, tu leur dis "Bon ben écoutez, votre idée est géniale, mais il faudrait un tout petit peu la restreindre, même si on a envie de vous suivre". Et après tu trouves un entre deux, tu trouves un accord. Et puis voilà, tout ça ça se fait avec de l'envie également, et pour aller plus loin que prévu.


Sabry

Ce que je trouve fascinant dans cette industrie, c'est vraiment les idées que certains ont en tête et qui, derrière, réussissent à vraiment exister. Et c'est un travail de titan, avec des collaborations entre technique, scénaristes, des artistes.


Julien

Ah bah, je pense que si personne ne supporte le projet, il n'aboutit pas. Et je pense que c'est plus facile ; peut-être que je me trompe complètement en disant une connerie -


Sabry

Oui, vas-y.


Julien

Mais quand tu as beaucoup de thunes et quand tu as beaucoup de fric, c'est peut-être plus facile de se dire "Ben tiens, je vais faire une pré-pro sur tel film ou tel film ou tel film". Je ne sais pas, je pense à Pixar.

Peut-être que je me trompe hein. - Que de s'engager dans un projet en France où tu as forcément moins de budget et donc tu as forcément besoin d'avoir des gens qui y croient plus, je pense.


Sabry

Oui, d'accord.


Julien

Et des gens qui s'engagent.


Sabry

Bah c'est cool. En tout cas, il a vu le jour. Il faut aller le voir au cinéma, on invite tout le monde à le faire. C'est la première fois que vous n'avez pas un client en face. Un client au sens... Lego, ça reste quand même une boîte qui fait des jouets. Dans la publicité, c'était beaucoup...


Julien

Ben si, Zoé, David...


Sabry

Oui, c'est des clients, mais je veux dire ce n’est pas... C'est le produit fini lui-même en fait. C'est le film d'animation qui est hyper important, alors que pour Lego bon, c'est parmi l'univers Lego.


Julien

Oui oui, tout à fait, je vois ce que tu veux dire.


Sabry

Et est-ce que ça vous a donné envie d'aller justement vous confronter à cet univers de la production d'œuvres en fait ?


Julien

Oui, alors ça c'est un sujet effectivement qui nous titille depuis longtemps. C'est vrai qu'on a une sorte de maîtrise d'œuvre, comme on dit.

Enfin voilà, on a un savoir-faire qui est large, puisqu'on vient de l'effet spécial, réaliste jusqu'au cartoon, comme on l'évoquait tout à l'heure. Et c'est vrai qu'à un certain moment voilà, on a plein de créatifs chez nous, on a des artistes et donc on a envie aussi, à un certain moment, de se dire pourquoi est-ce qu'on ne créerait pas nos propres courts métrages ou nos propres petits sujets ?


Sabry

Oui.


Julien

Et voilà, donc c'est dans l'air du temps et...


Sabry

Pourquoi pas contribuer en fait nous aussi à la création originale.


Julien

Absolument. Ben aussi parce que des fois tu as des sujets sur lesquels tu aurais envie de bosser qu'on ne te propose pas non plus. Tu vois ?


Sabry

Tu penses à quoi, par exemple ? De l'animation adulte ?


Julien

Oui, par exemple. C'est vrai que si tu fais de la série aujourd'hui en France, le cœur du marché est quand même pre-school et kids.


Sabry

Oui.


Julien

Ce qui est génial, mais tu as peut-être envie d'aller un peu plus dans des... Voir des sujets un peu plus adultes. On est des adultes, tu as envie de bosser aussi pour des trucs qui te font plus marrer.

Sabry

Oui, puis tu as aussi un public qui s'est élargi.


Julien

Oui aussi.


Sabry

Avec les streamers, etc. Il y a un appel d'air assez important.


Julien

Bon, c'est une niche encore. Mais tu sens qu'il va y avoir un développement à ce niveau-là. Alors ce n'est pas que business, ce n’est pas l'idée. On ne va pas forcément faire de la production parce que tout d'un coup, il y a ce business-là. Mais c'est parce que ça nous fait plaisir en fait, au départ. Comme je te le disais tout à l'heure, voilà, on a monté Circus parce qu'on avait envie de voler de nos propres ailes, d'être autonome, etc. Et puis te retourner et te dire à un certain moment "Qu'est-ce que j'ai fais ?" C'est un peu dans la continuité. C'est-à-dire à un certain moment tu te dis "Ben c'est bien". On prend énormément de plaisir pour bosser, je dirais pour des gens qui viennent nous apporter leurs idées, leurs projets, etc., bosser avec des amis et autres. Mais à un certain moment, tu as aussi un jour envie de te retourner et te dire "Ben tiens, c'est nous qui avons fait ça".


Sabry

Et on a laissé ça.


Julien

Et on a laissé ça. Ce n’est pas l'idée de laisser une trace, mais simplement d'être je dirais un peu fier d'avoir fait tel personnage ou telle histoire ou tel...

Sabry

Je vois tout à fait ce sentiment, je trouve ça génial.


Julien

On va démarrer petit à petit, c'est vraiment un truc pour se marrer.

Sabry

Et quels seraient les messages qui vous tiennent à cœur ? Que vous avez envie de faire passer.


Julien

On a aucun message. (Rires)


Sabry

0 message ? Non mais ça peut être justement autour de l'indépendance, ou alors de se dire...


Julien

Bah nous on est plutôt optimistes de base, alors si tu veux, si on avait une ligne éditoriale, c'est plutôt du fun et de l'optimisme.


Sabry

OK.


Julien

C'est pas du tout des critiques ou de la pleurnicherie sur l'état de la planète, tu vois. Si on abordait des sujets d'aujourd'hui ; moi je suis hyper optimiste sur ces sujets-là quand même, même si la situation est compliquée et dramatique. Mais je pense qu'il y a plein de jeunes générations, plein de gens géniaux dans l'humanité, qui font qu'à un certain moment, on va trouver des solutions intéressantes. Et donc c'est plutôt de se fendre la gueule. Je veux dire, on est là aussi pour ça. Si tu regardes les différents corps de métiers et leur utilité dans nos sociétés, nous on fait partie de l'entertainment. Donc quelque part, on est là pour faire rire les gens.


Sabry

Plus on rit, plus on vit.


Julien

Oui, ou pas, ou faire réfléchir les gens.


Sabry

Oui, aussi.


Julien

Bien sûr, mais voilà, c'est à nous de porter ça et de faire en sorte qu'il y ait des contenus intéressants. Donc travaillant dans ce secteur d'activité, à un certain moment je pense qu'on peut être aussi créateur.


Sabry

C'est tout ce que je vous souhaite. Et ce serait plus sur du long métrage, de la série ?


Julien

Des courts et de la série au départ. On n'a pas les épaules pour faire un long métrage à l'heure actuelle, mais pourquoi pas. De toute façon, il n'y a pas de limites. Enfin je veux dire, si jamais à un certain moment, on arrive à financer du long métrage et puis de faire en sorte qu'il se fabrique et que quelqu'un soit intéressé par notre projet, on n'hésitera pas. Il n'y a pas de raison de se brider en fait. On ne va pas s'auto brider ni rien. On va démarrer notre aventure tout doucement et puis on verra.


Sabry

Julien, il y a une question que je n'ai pas posée. Mais en fait, pourquoi Circus ? Pourquoi le nom Circus ?


Julien

Alors Circus ça mélange un peu tout, déjà. Dans un cirque, tu vas retrouver plein de corps de métiers différents. Effectivement, bonne question. C'est relatif au show aussi, il y a aussi la prestidigitation. Donc à l'époque, quand on l'a démarré, il y avait cette idée aussi des effets spéciaux. On trouvait que c'était intéressant aussi comme terminologie. Puis il y a aussi un autre truc, c'est que c'était un magazine de BD adulte il y a très très longtemps.


Sabry

D'accord.


Julien

Circus, il y avait (À suivre), il y avait l'Echo Des Savanes, il y avait tout un tas de trucs. Et je trouvais qu'il y avait cette tonalité aussi...


Sabry

Dont tu étais lecteur en fait ?


Julien

Oui, moi j'étais tout petit, mais bon quand même, je trouvais ça génial. Et voilà, il y avait une combinaison entre les effets spéciaux, le show, etc. Et puis du coup, la piste aux étoiles. Le logo est basé sur la piste du cirque, l'étoile, enfin voilà, il y a tout un truc assez cohérent.


Sabry

C'est cool. C'est la back story. Et du coup, avec la production, vous avez créé une structure qui s'appelle Monsieur Loyal.


Julien

Monsieur Loyal, qui est donc dans un cirque la personne qui représente les spectacles, exactement. Donc oui, c'est cohérent.


Sabry

Oui, parce que c'est celui qui introduit les numéros, les clowns, etc.


Julien

Absolument, qui fait le show.


Sabry

Donc vous vous êtes dit "À nous maintenant de faire le show".


Julien

Monsieur Loyal.

Sabry

OK. Bon ben super. J'ai une question peut-être un peu fâcheuse, parce qu'on m'a suggéré ça ; je remercie Manon pour ses suggestions. Un projet que tout le monde a oublié, chez vous, mais que toi tu n'oublieras jamais.


Julien

C'est quoi ?


Sabry

Je ne sais pas, je te demande. Est-ce qu'il y a un projet, de ce type-là ?


Julien

Oui... Enfin moi j'ai une très bonne mémoire, donc j'oublie aucun projet.


Sabry

OK. Peut-être quelque chose qui est sorti, dont vous n'êtes pas forcément contents, et rétrospectivement vous en tirer des leçons.


Julien

Oh bah il y en a plusieurs, parce que notamment dans les publicités, tu n'es pas toujours... Quand tu fais de la pub, c'est compliqué... Ça c'est un truc intéressant. Par exemple chez nous à Circus, sur les publicités ; ben voilà, c'est compliqué de bosser sur une publicité en trouvant du sens pour les gens avec qui tu travailles. Bon je diverge un tout petit peu.


Sabry

Je vois, oui OK.


Julien

Mais effectivement, bosser pour telle ou telle chose, pour des pompes ou pour des je ne sais quoi ; de temps en temps, ça peut ne pas être intéressant. Nous, le discours qu'on tient en interne, c'est de se centrer sur l'image. On est des graphistes, et on est là aussi pour donner du sens.

Donc en fait, même si tu bosses pour une publicité de n'importe quelle marque, quelque part tu peux la bonifier. C'est-à-dire qu'en gros, nous notre boulot, c'est de faire une image qui a de la gueule à la fin, mais qui va raconter quand même quelque chose.


Sabry

En fait il y a le challenge quoi, c'est le challenge.


Julien

Oui il y a un challenge. Je donne un exemple : on avait fait pas mal de pubs Babybel à un certain moment. Alors c'est con un Babybel, du fromage et tout ça. Mais en fait, j'ai trouvé assez génial de se dire : ben en fait, c'est une vraie contrainte graphique et artistique, de se dire qu'il n'y a pas de bras, il n'y a pas de jambes, il n'y a pas de visage, à priori. Et en fait, comment tu peux caractériser un groupe de quatre Babybel qui vont partir à l'aventure. Et tenir ce discours en interne, avec les animateurs, avec les créateurs, c'était assez génial parce que finalement, tu ne vois plus ça comme forcément une publicité de fromage, mais tu vois ça comme un petit court métrage de petits personnages qui partent à l'aventure.


Sabry

Oui.


Julien

Et en fait c'est ça notre métier. C'est de donner du plaisir graphique, de donner de la vie à des personnages. Et puis, si tu restes collé sur le message publicitaire ou tout ça, il n'a pas vraiment de sens, à mon gout. Il faut qu'on trouve un pont entre les deux. Et donc du plaisir dans ton boulot, du sens dans ce que tu fais. Et puis après, tu améliores forcément le message, entre guillemets, de ton client, quelque part. Parce qu'on leur a donné vie, c'était génial. Franchement tu les vois, ils sont caractérisés tous d'une certaine manière. On aurait pu s'en désintéresser totalement. On a fait un sujet pendant des mois, super cool.


Sabry

Et ça c'est bien.



Julien

Super cool. Ben les animateurs ont pris leur pied là-dessus, parce que tout d'un coup, tu racontes une histoire, tu racontes une psychologie. En fait tu peux prendre n'importe quel sujet, c'est la même chose. À toi de donner du sens en fait.


Sabry

Est-ce qu’en France - parce que je vois, on a discuté là pendant près de 40 minutes. C'est dingue parce que déjà, vous avez fait des superbes images, vous avez une croissance qu'on peut vraiment saluer. Et il y a quand même cette modestie et cette envie de donner plaisir aux téléspectateurs, etc. Est-ce que les Français sont les meilleurs dans ce domaine en fait ? Non mais franchement, c'est une bonne question. Face au Japon, face au...


Julien

On parle souvent de la french touch.


Sabry

Oui.


Julien

Moi je n'en sais rien. Je pense que peut-être on a de meilleures écoles. Mais te dire aujourd'hui, je ne sais pas moi... Un Indien il est moins sensible qu'un Français, c'est une connerie.


Sabry

Non non, c'est sûr. Mais après c'est un savoir-faire, plus qu'une sensibilité, tu vois ce que je veux dire ?


Julien

Oui, c'est pour ça que je te dis que c'est peut-être les formations artistiques qui sont peut-être meilleures chez nous. Mais je ne vois pas pourquoi un Japonais, un Américain ou un Français serait fondamentalement moins artistique ou moins graphique. Est-ce que notre culture, notre langue, fait qu'on est meilleur graphiste ou artiste ? Tu vois, c'est des choses que je ne peux pas maîtriser là, qui posent plein de questions.

Sabry

Difficile à dire.


Julien

Mais je pense qu'on a plutôt de bonnes écoles avec des gens qui s'intéressent à donner des bons contenus, à faire des formations, etc. Est-ce que c'est culturel ? Tu vois, je n’en sais rien.


Sabry

Bon bah écoute Julien, en tout cas on vous souhaite le meilleur avec ce nouveau développement potentiellement de séries où vous êtes producteur.


Julien

Merci.


Sabry

Merci infiniment d'être venu sur Animashow, c'est toujours un plaisir d'avoir des invités de ton acabit. Donc merci infiniment.


Julien

Merci.


Sabry

Je n'ai plus qu'à remercier aussi les auditeurs et auditrices d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. N'hésitez pas à mettre des notes, à en parler autour de vous, et puis à venir consulter notre Instagram Animashow France pour connaître les prochains invités.

L'interview en vidéo