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Guillaume Hellouin - TEAMTO

Sabry

Pour ce nouvel épisode, j'ai l'immense plaisir de recevoir Guillaume Hellouin co-fondateur, président et directeur général des studios d'animation TeamTO, basés à Paris et à Bourg-lès-Valence. Ça va bien Guillaume ?


Guillaume

Ça va bien.


Sabry

Je suis très content de vous recevoir. J'ai du mal à te vouvoyer, mais je vais le faire pour l'exercice. Alors chez TeamTO vous continuez à délivrer de façon métronomique vos séries, même en temps de crise sanitaire. Comment faites-vous ?


Guillaume

Bien, ça fait un bout de temps qu'on fait ça, déjà, donc on est un peu rodés. On a une équipe formidable et surtout, on a une équipe technique qui est vraiment à la pointe et qui avait déjà travaillé sur toutes les technologies qu'on a utilisées pour confiner en 48 heures plus de 300 personnes. Voilà.



Sabry

Ça, c'est une prouesse aujourd'hui. Il y a peu de secteurs qui peuvent le faire, mais vous avez réussi à le mettre en place.


Guillaume

En fait, on avait déjà travaillé sur des tests de déport écran clavier pour sortir les unités centrales du studio, de manière à travailler l'ergonomie et aussi la gestion de l'énergie et du rafraîchissement, et aussi pour des questions de sécurité. Et du coup, on avait fait ça il y a plus de six mois et on avait identifié les technologies qui permettent de faire ça. Et du coup, c'est exactement ce qu'on a fait, sauf qu'au lieu de mettre les machines au sous-sol et les écrans au premier étage, ben en fait ils sont distants de plusieurs kilomètres. Mais ça ne change rien au niveau de la technologie.


Sabry

C'est vraiment le coup du sort quoi. Vous étiez prêts un peu à l'avance, mais tant mieux, c'est bien.


Guillaume

Ben c'est-à-dire que c'est un heureux hasard et en fait, il n'y a pas de hasard. On est dans une démarche d'optimiser tous les processus liés à la fabrication de séries et films d'animation. Et dans ce cadre-là, le fait de sortir les UC des open spaces, c'était une logique inéluctable. D'ailleurs un truc intéressant à mentionner, c'est qu'il y a 30 ans, quand on n'avait pas des PC, mais des Silicon Graphics, on avait les machines dans un ? (03:02). Et c'est en fait au tournant des années 2000, qu'on a basculé des Silicon sur des PC et que, du coup, on s'est retrouvés avec les trucs sous les tables qui nous encombrent, qui chauffent et qui font un environnement pas du tout ergonomique.


Sabry

Ah oui je vais faire ce petit point pour nos auditeurs et auditrices. Guillaume c'est quand même l'un des pionniers de la 3D, j'ai envie de dire dans le monde, parce que ça a commencé en France, mais quand même, vous étiez très avancé. Et vous êtes toujours resté dans ce domaine finalement, toujours à la pointe. Là, on voit une photo qui est tirée de votre Instagram. Vous fêtiez vos 10 ans, je crois. C'était en 2000... Vous avez créé le studio en 2005


Guillaume

2005 oui.

Sabry

Vous l'avez créé avec votre compagne.


Guillaume

Oui, Corinne.


Sabry

Et effectivement, vous avez toujours été un studio indépendant qui fait de la 3D et qui l'a fait super bien. Aujourd'hui, vous êtes parmi les très bons studios, même sollicités par les Etats-Unis.


Guillaume

On travaille beaucoup avec les États-Unis, mais depuis longtemps d'ailleurs. Ça depuis plus de 20 ans.


Sabry

Quelles ont été les premières séries finalement, qui sont sorties de chez vous ? Quels ont été les débuts ?


Guillaume

Alors les débuts de TeamTO, en fait on a démarré avec trois séries. La deuxième saison de Zoé Kézako, qui est une série qu'on avait initiée dans ma boîte précédente. La deuxième, c'était Adibou en prestation pour Philippe Alexandrie.


Sabry

Ah oui, je me souviens de ça.


Guillaume

Et puis Babar en 3D, en coproduction avec le Nelvana. Voilà, c'était les trois séries qui ont lancé le studio en 2005.



Sabry

Ça c'était en 2005. Et après derrière, vous êtes restés sur le créneau des séries télévisées. Et est sorti Oscar & Co ?


Guillaume

Oscar's Oasis, Angelo la Débrouille.


Sabry

Ils ont tous des noms de petits voyous j'ai l'impression. On va voir des images du studio.


Guillaume

Oui ça c'est Angelo.


Sabry

Oui c'est Angelo qui est avec Carole...


Guillaume

Carole Toledo, qui est la directrice du studio de Bourg-lès-Valence, dans les précédents locaux de Bourg-lès-Valence.


Sabry

Oui, c'est ça. On va regarder un extrait d'Angelo la Débrouille, qui a été finalement la première série à succès de TeamTO, puisqu'elle a été vendue dans 150 pays, il me semble.


Guillaume

Oui, et on est en train de démarrer la cinquième saison en production.


Sabry

Wow, ça va ça avance bien quand même.


Guillaume

Oui.


Extrait Angelo la Débrouille

[...]


Sabry

C'est super, c'est dans un graphisme assez particulier.


Guillaume

Oui, c'est tiré de livres illustrés, qu'on a transposés en 3D, avec une animation qui fait référence au stop motion.


Sabry

Oui c'est ça un petit peu.


Guillaume

Voilà, il y a un petit côté non interpellé, et c'est assez sympa.


Sabry

Et donc vous avez fait l'acquisition des droits d'adaptation d'une œuvre, c'est ça ce qu'il s'est passé ?


Guillaume

Oui.


Sabry

Et après il y avait Oscar & Co ou Oscar's Oasis.


Guillaume

Oui, Oscar & Co c'est le titre français.

Sabry

Oui d'accord.


Guillaume

Et Oscar's Oasis c'est le titre international. C'est une coproduction avec la Corée. En fait c'était un concept coréen.


Sabry

OK.


Guillaume

Et on est rentrés en coproduction avec le studio coréen pour leur amener notre savoir-faire pour déployer une série d'envergure internationale.


Sabry

Et ça, comment on fait pour bosser avec la Corée quand on est un studio français ? C'est beaucoup de déplacements ? On se partage les tâches ?


Guillaume

Oui, c'est comme toutes les coproductions. Voilà, il y a du bon et du moins bon. En fait, je suis allé deux fois à Séoul, donc c'était sympa. Ça m'a donné l'occasion d'aller en Corée, parce que je crois que sinon je n'y serais jamais allé. Et moi j'adore l'Asie, donc voilà, c'était bien de pouvoir aller dans un nouveau pays qui est très différent de ceux que je connaissais avant.


Sabry

C'est un 78 fois 7 minutes.


Guillaume

Oui, c'est ça.



Sabry

Cartoon non dialogué, qui a été vendu aussi pas mal, dans plus de 100 pays. C'était volontaire le non dialogué, histoire de faire de l'exportation ?


Guillaume

Ah oui oui c'était un... Non mais c'est le concept qui est comme ça. C'est une série cartoon voilà...


Sabry

Slapstick.


Guillaume

Slapstick, oui.


Sabry

Comme on peut les aimer. Vous êtes assez allé dans le domaine du long métrage à une époque, avec ce long montage qui s'appelait Gus petit oiseau, grand voyage. C'est un road movie, c'est ça ?


Guillaume

Oui.


Sabry

Sur l'accomplissement de soi un petit peu.


Guillaume

Exactement.


Sabry

Avec ce petit oiseau qui n'est pas un oiseau migrateur, mais qui doit prendre la tête d'une migration d'oiseaux migrateurs.


Guillaume

Et qui part dans le sens inverse.


Sabry

Oui, donc ça comment ça se passe ? À quel moment vous vous dites allez, on va faire un long métrage et on va le faire à la Pixar, même si on a nos moyens français ?


Guillaume

Pixar... bon.


Sabry

C'est quand même un super film à regarder.


Guillaume

Oui, c'est un super film, mais disons que le budget qu'on a eu par rapport à un Pixar...


Sabry

C'était quoi le budget ?


Guillaume

C'était 10 millions d'euros, à tout mouiller.


Sabry

D'accord, à tout mouiller (rires).


Guillaume

Avec une version stéréoscopique inclus dedans et un cast' américain vraiment haut de gamme. Donc non, en gros c'est le prix de l'animatique pour un Pixar.



Sabry

Oui c'est ça, puisque les Pixar eux ça leur coûte 150 000-200 millions.


Guillaume

Oui. Donc du coup voilà, non. La similarité avec Pixar, c'est que c'est un long métrage, mais ça s'arrête là. Par contre, ça faisait longtemps qu'on se disait que ça serait bien de faire un film. Il y a un moment, voilà on avait ce projet qui nous plaisait bien. On a eu la chance de travailler avec Benjamin Reinert sur le design et puis du coup, on s'est lancé et on l'a produit. Voilà, ça a été une vraie aventure. On est très contents du résultat et du coup, maintenant, on est crédibles pour en faire d'autres derrière. On a trois longs métrages en préparation.


Sabry

Je te propose de voir la bande annonce, si le son est avec nous.


Extrait Gus petit oiseau, grand voyage

[...]


Sabry

Voilà un petit extrait de la bande annonce. Les oiseaux de fer c'est les avions en fait.


Guillaume

Exactement.


Sabry

Il y a quand même une prise de parti aussi dans l'histoire. Il y a tous les codes de Pixar, de Disney avec élément modificateur, mais quand même grosse mission pour un petit oiseau, mais qui va la réussir. C'est beau. Comment vous avez travaillé sur le script de l'histoire ? Elle est venue d'où cette histoire?


Guillaume

En fait c'est un scénariste, Antoine Barraud, qui nous a proposé ce projet. Et voilà.

Sabry

Ça s'est fait comme ça.


Guillaume

Ça s'est fait comme ça.


Sabry

Bon ben très bien. En tout cas, ça vous donne envie de faire du long métrage à nouveau ?


Guillaume

Clairement, oui.


Sabry

Vous avez des projets ?

Guillaume

On a plusieurs projets en cours de préparation avec différentes cibles, des projets vraiment enfants, des projets un peu plus âgés, de différentes tailles de budgets aussi.


Sabry

Vous êtes quand même les champions de la 3D en France et c'est pour ça que beaucoup de boites de sociétés de production viennent vous voir pour faire de la production exécutive. Là on a un petit panel, mais qui est déjà assez conséquent, puisqu'on a les Skylanders, Ricky Zoom, Pyjamasques, Calimero de chez Gaumont, les Lapins crétins et puis des Disney aussi qui sont là. Pourquoi on vient vous voir ? Qu'est-ce qui fait que les gens viennent chez TeamTO et veulent faire fabriquer par vous ?

Guillaume

D'abord parce que c'est cool.


Sabry

Vous êtes cool en fait, ça commence par là.

Guillaume

Disons que oui, on travaille beaucoup sur l'ergonomie, sur l'organisation du travail, sur le fait de donner aux artistes les moyens d'exprimer leur talent. Donc ça se ressent et ça se ressent aussi sur les projets qu'on fait, c'est-à-dire que si on optimise le travail, on évite de perdre du temps sur des tâches qui n'en valent pas la peine. Et du coup, tout l'argent est mis à l'image et ça fait des projets qui sortent de l'ordinaire et qui font de l'audience et qui ont du succès. C'est ça que les clients viennent chercher chez nous. C'est en fait ce mélange de savoir-faire technique, artistique et organisationnel.


Sabry

Qui fait qu'à la fin ça marche.


Guillaume

Voilà, qui fait qu'à la fin les produits sortent. Ils sortent à l'heure, dans les budgets et ils font un carton à l'audience, enfin jusque-là.


Sabry

C'est ça être un bon producteur. On parlait de ça avec David de chez Cottonwood. C'est vraiment de montrer qu'on peut nous faire confiance, en quelque sorte c'est ça. Et parmi tous ces projets, est-ce que vous êtes allés explorer - parce qu'on parle de 3D - la 3D temps réel ? On a parlé de ça dans d'autres épisodes précédents. Est-ce que tu peux nous parler de la 3D temps réel si tu connais un petit peu ? Et est-ce que c'est quelque chose dans lequel vous souhaiteriez aller ?


Guillaume

En fait, c'est marrant parce que la 3D temps réel...


Sabry

Toi ça fait longtemps que tu en fais, c'est ça que tu veux dire ?


Guillaume

La première fois que j'en ai fait c'était en 1992.



Sabry

Je vous ai dit, je vous ai dit que c'est le pionnier.


Guillaume

À l'époque, ça s'appelait de la réalité virtuelle. On créait des univers immersifs avec des casques de réalité virtuelle. Ça c'est quand je bossais à Medialab, qui était la filiale de Canal+, montée par Alain Guillot et dont j'ai été directeur des productions. Et du coup on faisait ça. Bon, qualité d'image, c'était moyen, mais c'était intéressant parce que c'était temps réel, donc immersif. Après on a regardé ça à différentes étapes, mais il faut savoir de quoi on parle. Est-ce qu'on parle de 3D temps réel au niveau de l'anime ou 3D temps réel au niveau du rendu ? Si on parle au niveau de l'anime, c'est des marionnettes. Nous, on ne fait pas de marionnettes, on fait de l'anime qui ?? avec des animateurs. Donc cette partie-là, ce n'est pas un truc qui m'intéresse vraiment. Après, il y a le temps réel au niveau du rendu.


Sabry

Oui.


Guillaume

Ça ça peut être intéressant. Mais en fait, on se rend compte que... Nous, on fait du rendu sur RenderMan qui est le render de Pixar. Voilà, c'est du rendu sans compromis. On va jusqu'à cinq heures l'image, bon voilà. Mais on a une grosse Render Farm, on applique dessus. Le prix d'une image avec notre méthode de rendu, c'est 17 centimes. Une image sur les 24 qu'il faut pour faire une seconde, quand on est à 24 images seconde. Ça ne vaut pas le coup de mégoter. Et le rendu temps réel, c'est toujours moins bien que le rendu calculé et ça le sera toujours.


Sabry

En termes de qualité d'image ?

Guillaume

Oui la beauté de l'image. Après...


Sabry

Ça peut s'améliorer ?

Guillaume

Oui mais il y a intrinsèquement des trucs qui se font avec des CPU et des trucs qui se feront avec des GPU. Ce qui va arriver un jour, c'est qu'un moteur comme RenderMan va intégrer certains des algorithmes qui tournent mieux sur des GPU et ça va devenir un moteur hybride ou une partie de l'image. Une partie des composantes de l'image sera calculée sur le GPU et l'autre sur le CPU, et à la fin, on ne verra plus la différence. Il n'y aura plus cette différence entre calcul ou temps réel. Il y aura une masse de ressources GPU, CPU dans un serveur et les process iront taper et chercher la ressource dont ils ont besoin au moment où ils en ont besoin.


Sabry

De toute façon dans les faits, on voit dans vos créations la beauté de l'image, c'est incroyable. On va parler justement de Mike, une vie de chien, Mighty Mike en anglais. J'adore cette série. Ça c'est une série cartoon slapstick récente, qui est sortie auprès de France Télévisions. Et c'est vraiment dans la mode des Tom et Jerry, des Titi et Grosminet, assez déjanté, avec un superbe esthétisme à l'image. Racontez-nous un petit peu d'où sort Mike, ce petit chien.


Guillaume

En fait c'est moi qui ai eu l'idée, donc je peux en parler.


Sabry

OK, donc gros affect.


Guillaume

Oui, c'est vraiment ma série. En fait un jour, j'étais je crois au Kidscreen à Miami.


Sabry

En Floride.


Guillaume

Et puis il y avait quelqu'un que je connaissais.



Sabry

Ah je croyais qu'il y avait un chien. (Rires)


Guillaume

Pas un chien, non. Il y avait un mec qui travaillait pour un studio au Canada, puis on discute. Il me demande ce que je fais et inversement. Et il me dit : on a fait un test pour un long métrage. On a fait un chien photoréaliste. Et il me montre un carlin. Pas celui-là, c'était un autre.


Sabry

Un autre carlin.


Guillaume

Un autre carlin, mais voilà qui danse, qui fait trois conneries. Je regarde ça et je dis c'est super, on va faire une série. Et voilà, on va faire Titi et Grosminet version 2.0 avec le chien. Et puis je ne sais plus ce que je lui ai dit, on mettra un chat, un oiseau, un truc... et on va faire ça. Et c'est parti de là. Ça a mis deux ans à développer la série, à la financer, et on l'a faite.


Sabry

On va regarder à quoi ça ressemble, mais franchement j'ai envie de dire, c'est des barres.  Et je les vois en ce moment, ils passent à la télévision, je regarde ça avec mon fils de temps en temps. C'est adorable. Donc ce petit carlin il doit mener la garde dans une maison californienne.


Guillaume

Voilà, en fait c'est un carlin qui aimerait bien se la couler douce, éventuellement impressionner la voisine qui a une chienne super élégante. Et puis en fait, il y a plein d'éléments à l'intérieur et à l'extérieur qui vont faire que sa journée ne se passe jamais comme prévu. Et à la fin, il va finir complètement épuisé et du coup, quand les parents et les enfants rentrent, il est complètement vautré, épuisé, et donc les gens pensent que c'est un flemmard, qu'il dort tout le temps, alors qu'il leur a sauvé leur baraque du chaos.


Sabry

Oui c'est ça. Et bon c'est sans paroles, mais c'est trop marrant.

Extrait Mike, une vie de chien

[...]


Sabry

Voilà quelques images. Moi je suis bluffé par la qualité de l'image et en plus on est sur des poils, c'est d'une complexité. C'est quoi le travail derrière ça ? Et que fait aussi Digital Dimension, qui est... C'est un studio Canadien ?


Guillaume

Voilà, c'est le studio Canadien dont est issue la personne que j'ai rencontrée. Et du coup ils ont fait 20% des épisodes.


Sabry

D'accord. Et alors c'est quoi le travail derrière ? C'est combien de personnes qui travaillent derrière une série comme Mighty Mike ?


Guillaume

Mike c'est comme les autres séries, c'est une centaine de personnes entre les gens qui font les assets, les animateurs, le rendu, le compo, plus les auteurs, les directeurs artistiques, toute la post-prod... Voilà.


Sabry

C'est le pipeline...


Guillaume

C'est le pipeline classique. C'est juste que là, on a mis la barre très haute sur le rendu en essayant de travailler dans un univers plutôt cerné puisque...


Sabry

Il y a que cette maison.


Guillaume

Il y a que cette maison, il y a un nombre limité de personnages, même s’il y a pas mal de déclinaisons.


Sabry

Oui ça ça fait partie des compromis que doit faire le producteur en fait entre...


Guillaume

Oui c'est les paramètres qu'on établit en amont. Plus on veut faire de décors et de personnages, plus c'est coûteux, donc il faut faire des économies ailleurs. Donc voilà, si on peut simplifier le rendu...


Sabry

C'est quoi l'avis de Mike aujourd'hui sur cette œuvre... ?


Guillaume

On est en train de réfléchir à faire une saison 2.


Sabry

D'accord. Et ça s'est vendu à l'étranger ?


Guillaume

Ça s'est très bien vendu, oui.


Sabry

Et quand vous vendez une série comme ça, les coûts de fabrication étaient amortis, et après c'est du catalogue en fait.


Guillaume

Oui, s'il y a des revenus de catalogue.


Sabry

Oui c'est ça, OK. Les nouveaux projets que vous avez en cours là, j'ai vu qu'il y avait Presto! le Manoir... ?


Guillaume

Alors oui, c'est issu du Manoir magique, qui était un long métrage. C'est un univers dérivé de ce long métrage. C'est une série sur la prestidigitation, qui est en cours de production.


Sabry

C'est celle-là ? (Montre l'écran)


Guillaume

Oui.


Sabry

Et ça vous faites ça avec qui ? M6 ?


Guillaume

Oui.


Sabry

Et Cottonwood en co-production...


Guillaume

Non en distribution.


Sabry

OK, c'est ça. Et ça, c'est en cours de fabrication. Ça va être quelle destination comme public ?



Guillaume

C'est 6-10 ans.


Sabry

OK. Et j'ai vu aussi que vous travaillez avec Netflix désormais. Alors je ne sais pas si c'est de l'exécutif ou...


Guillaume

Oui, c'est de la prod exé.


Sabry

Avec City of Ghosts, qui a été écrite...


Guillaume

En fait c'est un concept de Elizabeth Ito, avec qui on avait travaillé. Elizabeth Ito, c'est une réalisatrice américaine d'origine japonaise. Je l'ai rencontré quand elle était chez Cartoon Network, où elle était ?? sur Adventure Time. Et elle avait pondu un court métrage perso sur lequel on a travaillé, qui s'appelait Welcome To My Life et qui a gagné pas mal de prix dans les festivals, et qui était une esthétique très particulière où on avait des décors photographiques et des personnages animés très 2D. Et ça donne une esthétique très chouette et très innovante. Ça devait être un pilote pour une série, mais qui n'a pas abouti. Et en fait elle est passée au studio Netflix.


Sabry

Elle travaille au studio Netflix ?


Guillaume

Oui, voilà. Et en fait, elle a développé une série qui s'appelle City of Ghosts, qui est sur la même esthétique, qui va à la découverte d'un certain nombre de quartiers de Los Angeles. C'est un petit groupe d'enfants qui découvrent les quartiers à travers les fantômes des quartiers. Tous les personnages sont en 3D et les décors en photos. Voilà, c'est très chouette.



Sabry

C'est quoi la relation avec Netflix généralement ? Parce qu'aujourd'hui, j'ai pas mal de producteurs et productrices qui racontaient que Netflix c'est des supers opportunités. Mais aussi, c'est une complexité dans le travail parce que le producteur devient un fabricant qui va certes marger sur la fabrication, mais qui ne va pas bénéficier derrière des revenus potentiels de catalogue ou d'exploitation de l'IP.


Guillaume

Après chaque deal est différent, mais en l'occurrence, là c'était eux qui ont développé le projet. Nous c'est une prod exé, au même titre qu'on fait Pyjamasques, Ricky Zoom, Calimero, comme tu l'as mentionné. Donc oui, de ce point de vue-là, c'est exactement la même chose. Après, on a d'autres projets qui sont diffusés sur Netflix et on a vendu les droits comme on vend à un autre diffuseur. Donc ça ne change rien non plus de ce côté-là.


Sabry

Sur la prod exé, il y a peut-être un peu plus de tension qui est mise sur le fait de délivrer à temps, etc. ou ça revient au même ?


Guillaume

Non, ça revient exactement au même. Ce n'est pas parce que c'est nous les producteurs, qu'on peut se permettre de livrer en retard.


Sabry

Non, OK. Netflix se met pas mal à l'animation. Je ne sais pas si les autres plateformes y vont. HBO je pense y va, mais Amazon n'en parle pas beaucoup. Il faut voir, je ne sais pas si...


Guillaume

Amazon, ils ont fait des trucs...


Sabry

En animation ?  Mais plutôt du movie alors, non ?


Guillaume

Plutôt oui de l'anime photoréaliste... Plutôt public adulte.


Sabry

Parmi vos initiatives chez TeamTO, vous avez monté une association, qui est en fait une école d'animation pour ceux qui ne sont pas forcément dans les rails d'être allés postuler dans une école d'animation, prêts à payer un certain montant pour être diplômés. Ça s'appelle l'ECAS, l'École Cartoucherie Animation Solidaire. On va regarder une petite vidéo de Carole, qu'on a mentionné tout à l'heure, qui explique pourquoi ce projet existe.


Petite vidéo Carole sur l'ECAS

[...]


Sabry

C'est ça l'ECAS. C'est une école solidaire et gratuite, ouverte à tous, avec une formation assez courte de six mois.


Guillaume

Sept.


Sabry

Sept mois. Comment ça fonctionne ? D'où est venue cette idée ? Et où est-ce qu'on en est aujourd'hui de ce projet ?


Guillaume

Alors, c'est venu d'une réunion qu'on a fait avec le CNC il y a 3-4 ans.


Sabry

2017-2018.



Guillaume

Oui, c'est ça. Où ils nous ont expliqué qu'à l'horizon 2020, 21, 22, je ne me rappelle plus, il y aurait un déficit pour l'animation de 2500 personnes.


Sabry

Donc 2500 personnes manquantes sur le marché français pour couvrir les besoins...


Guillaume

Les besoins du marché français.


Sabry

C'est génial.


Guillaume

Ben non, c'est pas génial.


Sabry

Non mais c'est génial du fait que ça peut créer des emplois, c'est ça que je voulais dire.


Guillaume

Et du coup il y a eu différentes discussions, et nous on s'est dit qu'on allait prendre le taureau par les cornes. Et je me suis dit qu'il y avait potentiellement des talents hors normes qui n'avaient pas accès au métier d'animateur parce qu'ils n'avaient pas les moyens de payer les frais de scolarité extrêmement élevés.


Sabry

Oui, il faut compter 25 000 € pour sortir diplômé d'une école à peu près, entre 25 et 35 000 €.


Guillaume

Oui, minimum. Ça va même jusqu'à 40 000 €.


Sabry

Même si la formation est extraordinaire, il n'y a rien à dire là-dessus, mais il faut avoir les moyens.


Guillaume

Voilà, il faut avoir les moyens, ou alors il faut avoir des parents qui ont les moyens ou qui ont, tout au moins, la capacité de garantir les prêts étudiants. Et il y a plein de gens qui ne peuvent pas garantir ce type de prêt, donc ils se retrouvent sur le carreau.


Sabry

Et qui ne sont pas moins talentueux pour autant.


Guillaume

Et qui ne sont pas moins talentueux pour autant, parce qu'en fait la capacité à être animateur, c'est un talent qui est distribué de manière uniforme sur la population et c'est indépendant du niveau social, de la géographie. Il y a à peu près 3% de gens qui ont la capacité d'être un animateur hors norme. Et on a les moyens de les détecter de manière assez rapide.


Sabry

Comment vous faites pour les détecter ?


Guillaume

On a un petit test en ligne, qu'on ne va pas divulguer, parce qu'après sinon les gens peuvent s'entraîner. C'est un test en ligne qui prend un quart d'heure.


Sabry

Et on peut voir là à l'œil si quelqu'un est apte à faire de l'animation ?


Guillaume

Disons que la première promo, il y a trois ans, on a eu plus de 1000 candidats.

On a gardé les 150 meilleurs et on a fait un deuxième test dans le studio en quatre heures, où on leur a donné un storyboard, une version simplifiée de notre logiciel, un personnage et un petit décor. Et puis quatre heures pour faire une anime de dix secondes.


Sabry

Avec une petite formation en logiciel quand même ou pas ?


Guillaume

Oui, en 20 minutes.


Sabry

OK, d'accord.


Guillaume

Et en fait le meilleur résultat à ce deuxième test sur la première promo, c'était une fille qui n'avait jamais touché un ordinateur de sa vie avant.


Sabry

C'est une blague ? Mais elle dessinait, elle faisait quoi ?


Guillaume

Oui, elle dessinait.


Sabry

Oui elle avait cette aptitude à déjà raconter des choses...


Guillaume

Oui, non seulement elle avait l'aptitude de voir la géométrie dans l'espace, elle avait la capacité à raconter une histoire, mais elle avait aucune compétence informatique, même pas pour jouer à un jeu vidéo.


Sabry

Oui. Donc là c'est la preuve parfaite qu'on peut aller...


Guillaume

On peut avoir un potentiel et on peut le révéler, à condition qu'on soit capable de le détecter.


Sabry

Alors elle est basée où cette école l'ECAS ?


Guillaume

Elle est à Bourg-lès-Valence. Elle est en lien avec le studio. C'est ce qu'expliquait Carole, les profs de l'école, c'est les directeurs d'anime du studio.


Sabry

D'accord, comme ça vous faites un transfert directement sur le pipeline.


Guillaume

Voilà. Et chaque directeur d'anime a sa méthode de travail qui est globalement la même, mais à chaque fois différente. Et du coup, ils sont initiés aux différentes sensibilités.


Sabry

C'est des promos de combien à peu près ?


Guillaume

C'est 30 personnes.


Sabry

Et là vous en êtes à votre troisième ?



Guillaume

Voilà. On a diplômé la troisième promo, donc 90 personnes diplômées.


Sabry

C'est génial. Donc tous ces jeunes sont à Bourg-lès-Valence ?


Guillaume

Il y en a qui ont trouvé du boulot ailleurs, il y en a qui sont partis. Mais sinon, il y en a beaucoup à Valence.


Sabry

Moi ce que j'aime beaucoup dans cette initiative, c'est que ça vient augmenter la valeur sur le marché de l'animation. Réussir à avoir plus de gens qualifiés, créer des emplois...


Guillaume

Bien sûr, c'est un métier fantastique. Et c'est vrai que c'était injuste que ça soit juste réservé aux gens qui avaient les moyens de payer les écoles.


Sabry

Oui, clairement. Ben belle initiative à suivre. J'invite tout le monde à vous intéresser à l'ECAS.


Guillaume

Oui, ce qu'il faut dire aussi, c'est qu'à l'issue de la formation, on leur propose un contrat de six mois.


Sabry

Ah, quand même. Donc il y a quand même un contrat en plus à la clé.


Guillaume

Oui, clairement. On leur met le pied à l'étrier, et puis il y en a qui continuent. C'est-à-dire que nous... Voilà, c'est en fonction des projets, mais généralement les gens on les fait enchaîner.


Sabry

Super. Merci Guillaume d'avoir expliqué et partagé cette initiative. On arrive à la fin de notre épisode. Ça passe vite hein ?


Guillaume

Ah oui.


Sabry

Peut-être une petite actu... Tu disais que vous aviez récemment parlé de nouvelles créations, Cartoon Forum ?


Guillaume

Oui, on a présenté une série qui s'appelle Tiny Island.


Sabry

Alors aller, le petit pitch de Tiny Island.


Guillaume

Tiny Island c'est une petite île déserte perdue dans le Pacifique, qui ne voit pas grand monde. Et du coup, qui décide de parcourir le monde pour aider les petits enfants - c'est une série pré-school - qui ont des soucis à faire un pas de côté et de voir, en regardant bien, que finalement leur problème n'est pas un problème.


Sabry

Ah c'est bien. C'est un peu un récit inclusif qui...


Guillaume

Oui, c'est très mignon. C'est réalisé par Guillermo Garcia, qui est le créateur de Pocoyo. C'est un très joli design, c'est ultra cute, pour les tous petits.



Sabry

Hâte de voir ça sur les écrans dans les années, mois à venir, on verra. Voilà, on arrive à la fin. Merci infiniment Guillaume d'être venu sur le podcast Animashow et d'avoir accepté mon invitation.


Guillaume

Merci beaucoup.


Sabry

Moi j'ai adoré ce moment. Merci aux auditeurs et aux auditrices d'avoir écouté jusqu'au bout cet épisode. N'hésitez pas à le partager à vos proches, à vous abonner et à nous mettre cinq étoiles, parce que c'est ça qui nous motive le plus. Allez-y ! Merci encore Guillaume et bonne journée.


Guillaume

Merci.

L'interview en vidéo